Paroles d'illettrisme

Luc BRUNSCHWIG

Futuropolis, 2008
87 pages. 17 euros



La préface d'Anne Vinérier à ce recueil d'histoires en constitue le meilleur préambule. Comme elle le dit si bien, pauvreté et illettrisme sont indissociables. Lutter contre la première fera immanquablement reculer le deuxième. Et bien sûr, les exemples donnés tout au long du livre sont édifiants. On s'attache rapidement à Zahia, Marcel, Maxime, Sylvie et leurs compagnons d'infortune. Leurs histoires sont différentes mais racontent toutes la misère, l'exclusion, la dignité foulée au pied, la panne de l'ascenseur social. Aucun de ces frères et soeurs mis au ban du monde ne raconte des parents aisés et sans souci, des instituteurs avec les possibilités matérielles de s'occuper d'eux, des institutions adaptées à leur handicap. Que de chemin à parcourir finalement pour diminuer le nombre de ces laissés-pour-compte ! Il y a quand même quelques pointes d'espoir qui transparaissent : ici un copain de classe attentionné qui fait ce qu'il peut, là une psychologue qui peut permettre l'ouverture d'une valve de surpression intérieure, ou encore des éducateurs à l'écoute dispensateurs de quelques bases de survie. Et puis toutes les personnes qui témoignent racontent un déclic, une prise de conscience, un sursaut de volonté pour s'en sortir. Emouvant et nécessaire, ce travail d'illustration par l'image de ceux qui ne peuvent pas écrire leurs mots ( leurs maux ? merveille de la langue française ) comble un vide. Un beau travail de sentinelle.

Marion Godefroid-Richert

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