Lilliputia

Xavier MAUMEJEAN

Calmann-Lévy, 2008
445 pages. 18 euros



Lors de sa venue à Brest en mars dernier XM nous avait confié avec gourmandise mettre la dernière main à son roman sur les personnes de très petite taille (pas de politiquement correct ici, on ne parle pas de nains au sens classique du terme). Les minuscules héros de Lilliputia sont proportionnés comme des personnes normales à une échelle réduite. Elcana, le personnage central de l'histoire, fait figure de géant dans sa communauté avec sa taille de 90 cm. Venu du fin fond de l'Europe de l'est, Elcana fuit une sale histoire de meurtre sur un sale individu. Il est enrôlé par deux drôles de rabatteurs à bord d'un train dont la destination lointaine lui permettra d'échapper à la justice et à la vengeance du clan de celui qu'il a supprimé. Sur Coney Island, à New-York, un génie visionnaire a construit le plus fabuleux et étrange des parcs d'attraction : Dreamland. Il est composé de Luna park, le royaume des Ferries, hommes et femmes beaux comme des dieux au teint pâle et cheveux blonds qui viennent de la lune (!) ; le Steeple-chase est quant à lui une survivance des freak-shows du grand Barnum et n'abrite plus dans ses ruines qu'une faune improbale et sauvage gouvernée par un roi fantastique, directe rémanence du Minotaure : le grand Mongo ; et enfin ce qui va devenir la patrie d'Elcana : Lilliputia, une réplique à échelle réduite de Nüremberg au 15e siècle qui héberge en ses murs 300 lilliputiens, leur maire, leurs aristocrates, leurs pompiers...

C'est peu de dire encore une fois le foisonnement que représente un roman de XM. Multiplicité des références, à la mythologie grecque, au cinéma, à la psychiatrie, ce qui est loin d'être exhaustif ! Pas de facilité dans le récit : ruptures de rythme, impossibilité de s'identifier en tant que lecteur à un anti-héros très réussi, chronologie bousculée, tout est fait pour donner un résultat livresque très personnel et qui n'appartient qu'à l'auteur. Ce qui rend très difficile et réjouissant le fait de parler du livre c'est finalement la vacuité des efforts pour le classifier. Pas de la littérature noire, pas plus de la blanche. L'érudition dont fait preuve chacune des pages ne prend jamais le pas sur la narration en tout cas, elle est toujours mise au service de l'histoire (attention ici : il n'est absolument pas à craindre de se retrouver devant un objet écoeurant de vanité fait uniquement pour jeter à la face du lecteur lambda la pauvreté de sa culture générale, Xavier Mauméjean n'est pas Umberto Ecco en d'autres termes). Du coup le roman ne peut pas être qualifié de facile dans le sens de la rapidité de sa lecture. Il faut du temps et de la concentration, ce qui n'ôte rien au plaisir ! Les péripéties qui émaillent la vie d'Elcana réservent des trésors de poésie. Votre chroniqueuse a particulièrement apprécié par exemple l'histoire de la grand-mère qui a une commode qui renferme le destin des membres de la famille, chaque tiroir abritant objets et linge soigneusement entretenus, repassés, réparés, conservés... Ou bien aussi l'amour d'Elcana pour un vrai Janus, une femme princesse et maîtresse à la fois, qui assiste aux conseils municipaux le visage à moitié maquillé et parle à l'assistance en présentant un côté ou l'autre de son visage suivant la personnalité qui prend la parole. Enfin bref, un livre à part, un auteur à part... A essayer absolument.

Marion Godefroid-Richert

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