Les discrets

Arnaud LE GOUEFFLEC

Ginkgo, 2007
Collection : Noir d'ailleurs
169 pages. 12 euros



Johnny Spinoza est contacté par les "Discrets", un groupe secret d'individus dont l'objectif est de se fondre dans la foule. Louis Pinson, membre de cette société, lui avoue qu'un tueur a décidé d'éliminer les discrets. Il engage Spinoza pour démasquer ce tueur.

Voilà une vraie création. D'abord dans l'univers mis en place par l'auteur : les discrets sont les gens qui nous côtoient et que rien ne distingue des autres. Mais l'auteur va beaucoup plus loin que ce simple postulat de départ :  les discrets ont créé une vraie société avec ses coutumes et ses lois. Une société dont personne ne soupçonne l'existence, puisque ses membres ont "fait de l'anonymat et de l'insignifiance un sûr refuge contre le monde extérieur". Comme toute société secrète, les nouveaux membres suivent une initiation, leur enseignant l'art du camouflage. Spinoza, pour mieux pénétrer cet univers, va se soumettre à cette même initiation et apprendre à disparaître aux yeux des autres. Jolie, la séance d'initiation de Spinoza sur les trottoirs de la ville.
L'auteur nous entraîne dans les rouages de cette société, ses techniques, ses pratiques, la vie de ses membres et la description de leur intérieur si neutre qu'il s'achève bien sûr par le merveilleux petit napperon négligemment posé sur une table et dont on a tous rêvé ! Une vraie description d'un monde que j'ai trouvée passionnante parce que si proche, on a tous croisé dans la rue des gens que l'on ne remarque pas, mais en même temps si mystérieuse et complexe. Un monde qui a développé sa propre philosophie, dans laquelle l'Histoire et ses grands hommes ne sont qu'un "cortège de turpitudes et des artistes de foire". Un monde qui étonne aussi, la tendance naturelle n'étant pas à la discrétion et tout particulièrement dans quelques styles politiques récents ! Les discrets, c'est de la Fantasy de proximité !
Les personnages sont bien campés : entre Louis Pinson, ancien employé obsédé par le fait de rester une ombre ou Cunégonde, l'assistante de Spinoza sans laquelle le détective ne serait rien, ou encore le détective un privé digne des films ou séries les plus sixties, le bouquin regorge de personnalités aux caractères bien marqués.
J'ai aimé aussi le style de l'auteur. Un vrai plaisir que j'ai ressenti dès la première page avec sa visite dans les hypermarchés. Le livre est plein de ressentis personnels et joliment tourné.
Bon, coté polar, les discrets c'est pas le bouquin qui tient en haleine jusqu'au bout de la nuit par un suspense insoutenable ! Mais ses qualités sont ailleurs, dans l'invention et la retranscription d'un univers par un auteur plein d'originalité et d'imagination. Je ne regarderai plus les ronds-points de ma ville autour desquels on tourne bêtement, en restant dans la file extérieure si on sort rapidement comme je l'ai réappris en faisant la conduite accompagnée de chacune de mes deux filles, avec la même absence d'intérêt. Quelle vie se cache derrière ?
Une jolie surprise d'Arnaud Le Gouefflec dans laquelle je me suis plongé avec délectation!

Marc Suquet

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