Exauce nous

Frédéric BIHEL, Pierre MAKYO

Futuropolis, 2008
103 pages



Dans une ville de province à une quarantaine de kilomètres de La Charte sur Le Loir, un petit troquet sympa accueille tous les soirs quelques potes pour bavarder autour d'un verre. Il y a là Ernest l'artiste, un peu à l'écart à sa table, René, la pipe entre les dents qui distille des remarques acérées à Franck, l'auteur de film dont le talent peine à être reconnu, Karim le régisseur de théâtre, grand gaillard facilement intimidé par une jeune actrice et Léonard, un esprit simple selon l'expression d'Ernest, homme à tout faire du théâtre qui interroge passants et amis en posant inlassablement la même question : "Vous avez pas vu celle que je cherche ?"
Amusé puis intrigué, Franck décide d'écrire l'histoire de Léonard alors que la petite communauté connaît des revers de fortune : après l'agression d'Ernest par des voyous, René est hospitalisé à la suite d'une tentative de suicide. Usant de sa gentillesse simple, Léonard tente de consoler chacun d'eux par des paroles d'amitié, ponctuant son discours maladroit d'un "ça se passe !" réconfortant et fataliste qui semble cependant porter ses fruits...

Un très bel album où les couleurs chaudes brun jaune de l'amitié repoussent les murs froids de grisaille des hôpitaux. Le dessin magnifique et soigné de Frédéric Bihel campe des portraits très réalistes de personnages dont les traits semblent  parfois familiers. La ville elle-même, avec ses ruelles pavées, ses places et ses commerces, constitue un élément réel du récit  à dimension humaine. Elle recèle aussi des recoins, d'élégants escaliers témoins de violence brutale (agression de Franck et d'Ernest, agression de femmes puis de Léonard).
L'histoire de Léonard, innocent esprit simple, fourmille de personnages et de récits, tranches de vie et d'amitié, destins croisés improbables. Après quelques scènes d'exposition le rythme du récit ralentit un peu en développant des histoires secondaires et l'on pourrait reprocher le manichéisme opposant les (très ) méchants voyous aux gentils amis de Léonard. Mettre en musique les bons sentiments relève du défi mais les amoureux des livres (y compris de mauvais genres) ne seront pas insensibles à la composante morale de cette histoire : méfions nous des mots assassins !
Au final, on se laisse emporté par la petite musique des lieux familiers, les personnages attachants de Makyo ancrent dans le monde réel un récit aux accents parfois peu crédibles.

Sylvie

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