Lolita Complex

Romain SLOCOMBE

Fayard, 2008
403 pages. 19 euros



« Les artistes sont des pervers déclarés. Tout le monde est quelque peu en déviance par rapport à la normalité. Quand on n'a pas la chance ou le pouvoir de s'exprimer, par la photo, l'art, la vidéo, on est forcé de vivre avec ses propres obsessions sans les déclarer à son entourage. Alors que l'artiste a le droit et le devoir d'être impudique. »

(Romain Slocombe. Entretien avec Raphaël Ruffier-Fossoul)

Lettre à Romain Slocombe.

Cher Romain,

J'ai terminé ton dernier roman « Lolita Complex » un vendredi. Le lendemain, je partais en voyage pour une semaine. Tu ne peux savoir à quel point ton roman a influé sur ce séjour à l'étranger. Tout d'abord, sache que je rendais à Londres. Tiens, tiens ! J'ai vivement regretté de ne pas avoir réservé au Hyatt Regency que tu décris si bien. Il faut reconnaître que l'hôtel MAJESTIC m'a semblé bien moins MAJESTEUX, mais il présentait un réel avantage. Il est situé tout près de la station de métro de Gloucester Road. J'avais une chance d'y rencontrer Gilbert Woodbrooke, se rendant à nouveau à sa banque, car je présume que ses ennuis financiers sont loin d'être terminés. Je pense que je l'aurais reconnu assez facilement : un grand échalas, l'air déprimé, l'air paumé? « Un pauvre con au bord du trottoir. Seul. » (page 121) Je l'ai manqué ou alors il était peut-être absent de Londres, cette semaine là. J'ai évité Soho (« Maintenant Soho appartient aux Albanais. »page 29) et plus particulièrement Gerrard Street. Pas question de mettre les pieds au Shkodra ni de contrarier le moindre Albanais. Je respecte les Albanais ! Que dis-je ? J'aime les Albanais !

Par contre, je me suis rendu à la Tate Gallery. J'avais projeté d'aller voir ou revoir les tableaux de Walter Sickert. J'en ai profité pour aller contempler le tableau du Richard Dadd, « The Fairy Feller's Master-Stroke ». Il en est longuement question dans ton roman. Si je ne t'avais pas lu, je l'aurais raté à coup sûr. Un tableau relativement petit, sombre et qui, a priori, n'attire pas le regard des visiteurs de la salle 14; et puis lorsque l'on s'approche, miracle ! Un tableau foisonnant de mille détails, fleurs, personnages. Un tableau très riche, très curieux, très intrigant, très inquiétant, très dérangeant !...

Tout comme « Lolita Complex ». Est-ce bien nécessaire de dire que j'ai beaucoup aimé ?

« Hon o yominashita, Romain - san.

Totemo suki deshita yo !...»

Quel plaisir de retrouver Gilbert Woodbrooke ! Même s'il est fauché, dépressif, divorcé et à présent plus vulnérable que jamais, notre photographe fétichiste qui se considère comme un « total raté » (page 136) et dont l'existence est « une cocasse mosaïque d'humiliations, de faux-pas, de déconvenues » est quasiment « le seul repère positif » - et ô combien humoristique ! malgré tout ses malheurs, dans ce roman noir, très noir. Pour preuve, l'histoire pathétique de la jeune Doïna !

Une intrigue habile, (un) « hommage au film fantastique britannique, (une) satire des milieux de l?art contemporain et (une) attaque violente contre le néo-libéralisme à la Tony Blair », une dénonciation virulente de « l'esclavage moderne de jeunes adolescentes importées de l'Est »- mais aussi de la tendresse, beaucoup de tendresse, il y a tout cela également - et bien d'autres choses encore - dans « Lolita Complex », premier volet d'une trilogie dont on attend vivement la suite.

Salut à toi Romain - san !

A un de ces jours du côté de la pointe de Bretagne

Roque Le Gall

partager sur facebook :