Tokyo

Mo HAYDER

Pocket, 2007
Collection : Pocket thriller
473 pages. 6.80 euros



Grey débarque à Tokyo à la recherche d'un film démontrant l'existence des atrocités commises par les Japonais, à Nankin en 1937. Shi Chongming, un vieux professeur chinois, est le seul qui puisse la renseigner sur l'existence de ce film. Sans moyen pour vivre dans la capitale japonaise, elle accepte  un emploi dans un club à hôtesses de luxe et ne tarde pas à approcher l'univers des Yakusas.

Voilà un bon polar. Les chapitres sont séparés en deux époques : actuelle, avec le séjour de Grey à Tokyo et passée, avec le récit des horreurs commises par les japonais en 1937. Le livre est bien documenté sur cet horrible événement dont les témoignages s'arrêtent le plus souvent au 15 décembre, date à laquelle les japonais évacuent les occidentaux présents dans la ville : le massacre dura 6 semaines et fit entre 100 000 et 300 000 victimes selon les sources. Des victimes militaires mais aussi civiles, hommes, femmes ou même enfants. La coexistence de ces deux périodes dans ce polar n'alourdit pas le récit : les deux époques se croisent, l'une complétant l'autre, permettant au lecteur de passer de l'une à l'autre sans altérer l'intérêt du lecteur.  

La psychologie des personnages est intéressante : celle de Grey d'abord, égarée à Tokyo mais qui ne perd jamais son but, retrouver le film. Mais aussi Shi Chongming dont on voit bien l'évolution lors des événements de 1937 : incrédule d'abord et qui progressivement comprend l'atrocité de ce qui se construit sous ses yeux. Le même personnage, en 1990, est empreint de sagesse et son approche par Grey est une véritable stratégie dont l'objectif est d'enfin découvrir le fameux film. On remarquera également des personnages secondaires comme la Nurse, mystérieuse, mi-femme, mi-homme, violente, sadique et tout dévouée à son maître Yakuza.

Le livre adopte un vrai rythme : calme au départ et montrant la découverte par Grey de son nouvel environnement, puis de plus en plus rapide lors des rencontres avec le milieu des Yakusas, fait également de violence et du lent cheminement vers une conclusion que le lecteur pressent comme atroce. On y touche les bas fonds de l'homme. Le lecteur ne doit donc pas se laisser décourager par la lenteur ressentie dans les premiers chapitres.

Tokyo a reçu le prix Polar SNCF dans la catégorie roman européen et il le mérite bien.

Marc Suquet

partager sur facebook :