A l'ombre des humains

Lalie WALKER

Atelier In8, 2008
Collection : POLAR



Jeanne Debords a disparu sans laisser de traces il y a plus d'un an déjà, et Franck Albertini n'a toujours pas lâché l'affaire. Il a abandonné son équipe et son métier, délaisse son appartement et fouille fiévreusement chaque mètre carré de territoire qui s'offre à sa vue. A force de retourner chaque motte de terre et de contourner tous les buissons arrive ce qui doit arriver : il tombe sur le cadavre d'une femme, qu'on mutile quasiment devant ses yeux. Pas le choix, sur les traces d'une femme insaisissable il ne peut pourtant pas abandonner cette inconnue et sa dépouille décapitée au bout du monde. Mais la tâche va être rude. Sur cette terre âpre abondonnée du regard des hommes survit une petite communauté divisée entre gens de mer et gens de terre, sous la coupe sans partage d'un tyran colossal : Guillaume Carsov. Quelle force tellurique et souterraine est ici à l'oeuvre pour transformer tout un village en coquilles vides et inconsistantes que la mémoire fuit, qui permet à un fou sanguinaire d'exterminer ses habitants et de profaner leurs cadavres ? Et qui donc rend presque illusoire la quête de vérité d'Albertini, presqu'un fantôme lui-même...

Lalie Walker nous entraîne dans le sillage de son personnage favori dans un récit cauchemardesque. Franck Albertini a beau être la pierre angulaire de l'enquête, Jeanne Debords imprègne chacune des pages de son aura nerveuse de chasseresse intrépide. Les personnages dépeint par LW sont comme d'habitude des êtres à part que la vie malmène, les centrifugeant pour mieux les mettre à la marge du monde des hommes. On aime : l'écossaise chasseuse de nuages et sa cour de jeunes branques, le jeune peintre schizophrène qui enterre les boutons pour que puisse pousser les boutonniers, l'inspecteur qui sait monter des murs en pierre. On est aussi saisi par la finesse de la mise en scène qui dépeint de façon précise le quotidien cauchemardesque des villageois qui vont courir contre leur volonté, visiter le musée tous les jours (!), ramassent le moindre papier qui traîne.
Le dénouement de l'intrigue est assez classique, mais ça n'empêche pas le récit qui y conduit d'être captivant. Un bon cru de Lalie .

Marion Godefroid-Richert

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