Peabody touche le fond

Patrick BOMAN

Philippe Picquier, 2006
Cinquième enquête de l'inspecteur Josaphat M. Beabody.



" Vous n'étiez pas au courant de l'étendue de la fripouillerie humaine, hein ? Ne faites pas cette tête, Bonaventure, c'est le métier qui rentre... " (p. 202)

Calcutta, vers 1900. En l'attente du réveillon, une joyeuse animation règne dans la colonie anglaise qui s'apprête à festoyer. C'est alors que parvient la nouvelle d'un meurtre commis dans un salon particulier du cabinet chinois de Madame Hong. La victime ? Avril Mukherjee, un vague habitué qui ne dépensait presque rien, un employé de bureau très assidu, " montrant beaucoup de bonne volonté, mais somme toute peu appliqué à ses écritures "... Cet homme sans histoires, surnommé le Docteur, était également un bon poète ! Le coupable ? Gustav Kjellerup-Hansen, un Danois, capitaine de frégate dans la marine royale siamoise, découvert ivre mort, les vêtements tachés de sang, l'arme du crime à la main, à côté d'Avril Mukherjee. Le Danois nie énergiquement le meurtre. Il n'avait aucune raison de révolvériser ce prétendu docteur. Il n'empêche qu'il fait un coupable idéal et que ça ne dérangerait pas grand monde de le voir gigoter au bout d'une corde. Il faut dire qu'il a le physique de l'emploi et que si l'inspecteur Sahib Josephat Moncius Peabody ne s'était pas bougé...

" Madame, depuis que le singe s'est dressé sur ses pattes de derrière et s'est mis à utiliser ses cordes vocales pour tenter de communiquer avec ses congénères et que, plus grave encore, il lui a pris la lubie éminemment choquante, de croire en un dieu unique, le pire est certain... " (p. 210)

" Bénis à jamais soient Kâli Mâ la noire et le seigneur Shiva dont la chevelure laisse s'écouler le divin Gange ! " Béni cent fois, béni mille fois le destin qui a voulu accorder à Patrick Boman - que Brahma, premier créé et créateur de toute chose le protège et continue de l'inspirer ! -, voyageur infatigable, le don ô combien précieux d'écrire " des polars exotiques, désopilants et historiques ". Des romans truculents, jubilatoires qui font revivre avec originalité cet empire lointain alors " gouverné " par sa très gracieuse Majesté, Victoria, Reine d'Angleterre et Impératrice des Indes... Je célèbre par-dessus tout le héros récurrent de Patrick Boman, le policier anglais Josephat Moncius Peabody, né à Manchester en 1839.

Petite leçon de rattrapage pour ceux qui ne le connaîtraient pas bien...

" Non conformiste dès le berceau ", haï par la plupart de ses compatriotes qu'il évite d'ailleurs de fréquenter, car ils le trouvent mal fagoté, repoussant, vulgaire, lubrique, libidineux voire ignoble... Pour beaucoup d'entre eux il n'est plus qu'un vieux machin qu'ils considèrent avec dédain. Cet olibrius sans religion, sans moralité, dissolu, dépravé, bref un pignouf ! , ne ferait-il pas mieux de partir à la retraite pour le plus grand bien de tous ? Oui, mais voilà, ce sexagénaire rubicond, ce gros homme aux dents jaunes, ce fumeur de cigares puants, faute de moyens, sait bien qu'il ne peut que continuer à être flic... jusqu'à la fin de ses jours ! Bien qu'il soit conscient que le devoir est une notion très relative, Peabody n'en demeure pas moins un très bon flic, l'un des meilleurs, l'un des plus pugnaces... Ce flic iconoclaste, roublard, courageux, souvent généreux, ne manque pas de lucidité : il est convaincu que " tous les empires sont mortels " et que l'arrogance de ses compatriotes, " les Inguirîss " aura bientôt une fin... En attendant il continue à enquêter dans les bas fonds de ce pays, à se frotter aux natifs de l'Inde qu'il a appris à aimer, l'Inde qui, après 40 ans passés dans la police, est devenue son pays...

" Que soit multipliés les jours de l'Inspector Sahib, quasi incarnation du législateur, flambeau des justes, calamité des malandrins, lumière de l'Asie ! ... "

Quant à tous ses détracteurs, qu'ils soient réincarnés en pourceaux !

Roque Le Gall

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