Peabody touche le fond

Patrick BOMAN

Philippe Picquier, 2006
Cinquième enquête de l'inspecteur Josaphat M. Beabody.



Non, Josaphat Mencius Peabody ne partira pas en retraite ! Non, l'Inspector Sahib, amoureux des Indes depuis 40 ans, ne s'imagine pas une seule seconde végétant en Angleterre à regarder pousser des rosiers, lui qui exècre les roses ! Mac Pherson, le directeur des douanes de Calcutta, a été assassiné il y a un an, et Euphemia, sa jeune et jolie femme, inconsolable, demande à Peabody de trouver le coupable. Le soir du réveillon, alors que notre amateur de bonne chère se délecte à l'avance des langoustes qu'il a fait venir de Rangoon, on l'informe d'un meurtre qui vient d'être commis dans le cabaret de Madame Hong, une " horizontale à la retraite ", en bref dans un bordel, où sévissent Rani la maigrichonne et Ruby, une anglaise grosse, poilue et surtout blonde — le summum de l'exotisme sous les tropiques. Le coupable présumé, un marin ivre, ne se souvient de rien et Peabody le pressent vite innocent. Il se fait adjoindre le sous-inspecteur stagiaire Bonaventure, l'ex-séminariste, qu'il a déjà fort apprécié auparavant (lire Peabody secoue le cocotier) et ils partent en quête d'un louche usurier et de deux malfrats patibulaires.

Sous le prétexte d'une enquête policière — au demeurant fort aboutie — M. Boman nous fait une nouvelle fois partager son amour pour l'Inde, un pays qui ne peut laisser indifférent : on l'aime ou on le déteste. Le Gros, qui fume toujours ses infâmes cigares birmans, est toujours aussi gras et gourmand, bien que d'une lubricité peut-être un peu plus conventionnelle qu'auparavant. A travers ce personnage, on découvre les Indes (ici Calcutta) au temps du colonialisme anglais. On sent ses effluves tant envoûtantes que nauséabondes, on voit ses couleurs comme celle des saris de couleurs vives, on goûte sa cuisine, on suffoque sous la chaleur, on regarde les geckos manger les moustiques, on observe la multitude des mendiants. On assiste aux petits travers des autochtones et des " Inguiriss " (les Anglais) qui ne prennent pas souvent la peine de comprendre ce peuple méprisé.

Merci, Monsieur Boman, pour ce nouvel épisode des aventures de Peabody, à savourer comme un mets exotique et épicé.

Christine Gourmelon

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