Un voile de pierre

Ake EDWARDSON

10x18, 2007
Collection : Grands detectives
525 pages. 8.60 euros



Le cinquième tome des aventures du commissaire Erik Winter en collection poche ! Où il est question d'aider une ancienne petite amie qui s'inquiète de la disparition de son père sur la côte nord écossaise. Le marin pêcheur à la retraite a reçu une mystérieuse lettre le renvoyant à son passé : en effet, près de quarante ans auparavant son propre père a disparu en mer au large de cette même côte, et l'auteur de la missive délivre un troublant message à son propos. Aujourd'hui, sa fille n'a plus de nouvelles après 15 jours de silence. Pendant que E.Winter retrouve son ami le commissaire Mac Donald pour enquêter sur place, l'une de ses collaboratrices se prend les pieds, le c?ur et la tête dans une sombre histoire de maltraitance conjugale. Aneta Djanali va tout faire pour aider Annette, incroyable femme-courant d'air ballottée entre son père et son ex-mari. Son partenaire Fredrik Halders va avoir bien du mal à l'aider à se dépêtrer de cette mélasse sociale et familiale.
Au fur et à mesure des années qui passent, l'écrivain suédois tient ses promesses. Son personnage prend de l ' âge et s'assagit, sans devenir moins intéressant. Moins de farouche indépendance, il rentre petit à petit dans sa propre vie. Il accepte la dépendance de l'amour partagé sans la considérer comme une entrave, il regarde avec joie grandir sa fille, il lâche prise sur les affaires qu'il ne peut pas résoudre. Il laisse pourtant son rythme intérieur accordé sur la musique de John Coltrane, et aussi pour cette fois particulière, sur les considérations délétères du Macbeth de Shakespeare. La conscience torturée du félon entre en écho avec la lointaine chute morale (que l'on découvre tout au long du récit en flash-backs hallucinatoires ) du grand-père de son amour d'adolescence.
Comme son beau commissaire richissime devient un homme marié accompli, il est amusant de constater que du coup A. Edwardson torture son enquêtrice noire et la soumet à la même indécision sentimentale qui habitait les premiers volumes de la série à propos de son amour pour Fredrik Halders, son partenaire sauvage. Là où Erik Winter était lié par son modèle parental, Aneta Djanali se sent entravée par son identité africaine. Dans un pays si blanc, si froid, de gens si blonds, a-t-elle sa place sans dissoudre sa part de désert arride et d'esprit animiste ? Et si elle accepte la place dans la vie de Fredrik que celui-ci lui offre, ne risque-t - elle pas d'abdiquer la possibilité de choisir un jour la véritable direction de son existence ? Ce n'est pas par hasard que l'auteur se livre à cette petite facétie qui consiste à nommer la femme maltraitée du roman du même prénom que l'enquêtrice. Elle ne peut donc y voir qu'un double potentiel, et le fait qu'elle courre pendant tout le récit après elle sans faire autre chose que l'apercevoir accentue la nature de chimère d'Annette. L'inventivité de l'auteur est assez fascinante : quelle belle parabole que ces deux versants d'une même médaille. Aneta et Annette ne se rencontrent jamais vraiment et ne le peuvent pas, elles sont l'une pour l'autre un reflet déformé dans un miroir où elles se regardent pourtant sans complaisance. Décidément le quisuisje-oùvaisje-dansquelétatj'erre version suédoise est de plus en plus un régal. A ne pas rater !

Marion Godefroid-Richert

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