Peabody se mouille

Patrick BOMAN

Philippe Picquier, 2004
Deuxième enquête de l'inspecteur Josaphat M. Beabody.
Réédition du roman initialement publié en 2001 par les éditions du Serpent à Plumes.



L'inspecteur Josaphat M. Peabody qui vit et travaille en Inde depuis une bonne quarantaine d'années vient d'être muté. Il ne s'agit pas là d'une promotion bien méritée mais plutôt d'une sanction car la manière peu conventionnelle avec laquelle il a résolu sa précédente affaire n'a pas, mais alors pas du tout, plu à sa hiérarchie qui a décidé de l'exiler de Calcutta en l'expédiant à la cour d'un des petits princes hindous. Un prince opiomane en l'occurrence et qui plus est un prince qui apprécie si peu les "Inguirîss" et leurs moeurs qu'il les fait étroitement surveiller... Or voilà qu'un cadavre est trouvé sous la muraille du Palais. L'homme a dû tomber accidentellement, mais nul ne manque au Palais. Qui est ce mort ? En dépit de la réprobation de la cour et de ses princes qui l'animent, Peabody décide de mener l'enquête. Mais, victime d'un empoisonnement, il se retrouve bien vite couvert de pustules verdâtres. Notre inspecteur découvre néanmoins que le prince n'est qu'un fantoche manipulé par ses deux "swamis" (astrologues-devins). Lorsque l'un d'entre eux disparaît, il n'est pas loin de penser que cet astrologue avait sans doute prémédité l'empoisonnement dont il a fait les frais... Et puis voilà qu'à peine arrivée d'Angleterre, Cécilia, la belle-soeoeur du Révérend Grosbeak, est mystérieusement enlevée. Lorsqu'il découvre que le rapt a été orchestré par le second swami, Peabody délivre la jeune fille et arrête le devin. Tout cela va déboucher sur un coup d'état au palais...

Impossible de résister à ce roman truculent et jubilatoire ! Impossible de ne pas se délecter de l'évocation puissante et fort savoureuse qu'avec un talent consommé Patrick Boman livre de l'Inde coloniale de Sa Très Gracieuse Majesté la reine Victoria, poussant l'intérêt jusqu'à nous décrire chaque catégorie sociale dans ses petits "travers". Ici, il s'attache tout particulièrement à dépeindre la cour d'un des innombrables princes sans aucun réel pouvoir que compte l'Inde sous domination anglaise au début du XXe siècle, tout un monde avec ses castes sectatrices, son zenana (harem), ses intrigues, sa haine des envahisseurs anglais et son mépris du petit peuple. L'intrigue policière est bien bâtie, bien menée, rythmée à souhait, bien écrite, vivante et cohérente. L'auteur a toujours à coeoeur de planter des personnages principaux et secondaires très hauts en couleurs tels le Révérend Grosbeak, sa femme et sa belle-soeoeur ou bien encore le résident Battlebury-Wood attendant son austère fiancée qui doit arriver d'Angleterre. Et il réussit toujours sans problème à nous rendre sympathique et attachant, en dépit de ses nombreux défauts, son personnage récurrent : l'inspecteur Josaphat M. Peabody himself dit le "Gros" ou "Inspector Sahib", ce flic hors du commun, anticonformiste, opiniâtre et très retors, capable malgré sa corpulence de se déguiser et de passer inaperçu dans le but d'enquêter plus efficacement, cet homme vieillissant, très gras, lubrique, cynique, gourmand, suant et transpirant sous le climat implacable de ce pays qu'il aime terriblement.

Ecrit par un amoureux de l'Inde, un roman réussi, évoquant merveilleusement bien cet empire colonial en prise avec l'impérialisme anglais, au travers de la vie mêlée des autochtones et des envahisseurs venus de la vieille Europe. Un vrai plaisir de lecture !

MGRB

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