L'appel du barge

Lalie WALKER

Baleine, 2007
coll. Le Poulpe
186 pages. 5.95 euros



Ca ne va pas fort pour Gabriel Lecouvreur. A 47 ans, le voilà confronté à la grande maladie du siècle, la dépression. Plus de goût à rien, la cervelle en grande béchamel : tout tire le Poulpe vers un grand blanc inidentifiable qui l'absorbe en loucedé. Même Chéryl n'arrive plus à lui tirer un malheureux sourire. Seul le naufrage de vieux marins bretons dans le sud-finistère va arriver à sortir le mercenaire des causes perdues de son inappétence de la vie. Sur la route de Lesconil où l' a poussé Vlad, son cuistot préféré, il croisera la belle Jeanne Debords, commissaire atypique en déshérence professionnelle, des mafieux russes forcéments bestiaux, des politiciens forcéments véreux, un vieux poète forcément trop curieux. Qui parmi cette faune bottera le fondement de Lecouvreur assez fort pour lui remettre les idées en place ?
 Au tour de Lalie Walker de se frotter au personnage de JBPouy. Il a de quoi lui plaire : son esprit frondeur non récupérable, ses amours tumultueuses, ses passions pour les petits / obscurs /sans grades qui s'en prennent plein la figure, voilà qui n'est pas sans rappeler l'héroïne atypique créée par l'auteur et qui croise la route du poulpe dans l'?uvre en question. On égratigne un peu tout dans ce récit : les mouroirs qui servent aujourd'hui de tombeaux à nos anciens, la collusion quasi - inévitable du pouvoir et du vice, de l'argent et de la politique. La galerie des personnages secondaires est savoureuse : on aime Fanfan, l'adolescente trisomique attachante ; Ernest est réussi en barde néo -punko-celte ; les fils de Yvon, un des marins disparus, sont nauséogènes à souhait. Et puis cette description très réaliste de la dépression du Poulpe est très réussie. Lalie sait rendre très palpable le point mort de désir auquel se retrouve son personnage, jusqu'à le mettre en face d'un démon personnel censément décédé, l'ignoble Vergeat des RG. O combien est réaliste aussi le pacte liant les quatre vieux marins disparus, préférant rejoindre pour la dernière fois leur maîtresse de toujours plutôt que d'abdiquer les quelques parcelles de dignité restante au bout d'une vie de labeur la plupart du temps ingrat en agonisant des années comme un cancrelat au fond d'une boîte à chaussure. On n'est pas dans le plus positif du quotidien, et c'est une vision pessimiste de la fin de la vie mais elle ne correspond que trop à la réalité, et c'est tout le talent et le mérite de nos polardeux de nous remettre en face toujours des bégaiements sociaux et humains dont nous sommes peu ou prou responsables ou au moins témoins. Le livre quant à lui jouit d'une belle fluidité d 'écriture et se laisse rapidement dévorer. Pour les amateurs du héros comme de la narratrice, il y a de quoi se contenter.

Marion Godefroid-Richert

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