La Quête brestoise

Bernard LEONETTI

Barbu, 2007
387 pages. 18 euros



"... Le trésor n'est rien, c'est la quête qui est importante... " (p. 32)

L'homme qui débarque, " ce jour là ", d'un cargo chypriote, au port de Marseilles, s'appelle Chevalier, Hieronimus Chevalier. Il porte un sac en bandoulière. " Il passe inaperçu ou tout au plus pour un voyageur genre routard. " Il parle couramment le français. Il parle aussi le grec, le latin, l'arabe et l'hébreu. Ce personnage étrange, " pas inquiétant, mais étrange ", a l'impression qu'il a vécu longtemps " loin de ce monde ". Ce monde avec " ses voitures, ses autoroutes, ses prévôts, ses vilains, ses troubadours... " Il suppose avoir passé la quarantaine et être né en Syrie... Il faut dire que Chevalier souffre d'amnésie.

Il se voit confier par Godefroy de Courtemanche, un notaire marseillais peu banal, une mission peu banale elle aussi. Retrouver à Gésocribate, Brest de nos jours, " une chose immensément précieuse ", " quelque choes d'une valeur inestimable ", malencontreusement " perdue " par le vieux Joseph, un soir de beuverie... Ce qu'ignore encore " l'homme sans mémoire " c'est que les " vilains " les sbires de la " créature ", de " l'homme en noir " sont eux aussi à la recherche de ce précieux objet...

Si vous êtes insensibles aux murmures de la forêt, au chant de l'océan, au grincements de la charette de l'Ankou qui passe sur la lande... alors ce polar ARTHURIEN n'est pas pour vous !

C'est fort dommage ! Vous y auriez rencontré des personnages truculents et parfois déjantés.

Chevalier, le personnage central : non, lui est presque normal...

Je pense plutôt à l'énigmatique, au farfelu Joseph, aux " vilains " (l'Hun et l'Autre, Marcel Gauvain, le promoteur qui vend la Bretagne aux plus offrants), à Loïc, " le cocher " qui ne boit (plus) que des diabolos menthe. Il y a encore Hippolyte, le grand noir, " plus breton que les Bretons ! ", le prévôt Colbert (qui travaille à Colbert), les teignes et leur chef Johnny, la mystérieuse fille " à l'odeur de bruyère "... Il y a même la célèbre " Dame Blanche " que l'on peut voir parfois, du coté du vieux pont de Plougastel. Et enfin il y a surtout, surtout, Pellec, dit " le bernique ", le patron du bar (dont je ne vous révélerai pas le nom, à vous de deviner !), le bernique qui vous initiera " à la piste ". Attention ! Pas n'importe quelle piste, la piste brestoise ! La seule, l'unique, la vraie !

Le bernique qui sera le héros d'un tournoi épique et mémorable ! Un tournoi de... (là encore à vous de découvrir !).

Ce premier roman insolite " construit à priori comme un polar... est en fait un savant mélange de sensibilité, de drôlerie et d'imaginaire. " (Sillage 124, été 2007)

Un jeu de piste (de pistes ?) qui intéressera tous ceux qui connaissent Brest, " une ville toute grise pour qui s'en tient aux apparences "...

Pour ceux qui ne la connaissent pas, La Quête brestoise, une enquête arthurienne, s'apparente quelque peu à un guide touristique dans lequel transparaît l'amour de l'auteur pour cette cité dont il connaît tous les secrets et sur laquelle il porte un regard attendri et bienveillant.

Ce premier roman est une heureuse surprise, une très heureuse surprise, et son auteur, Bernard Leonetti, né à Aix en Provence, d'un père corse et d'une mère italienne mériterait d'être fait " Brestois d'honneur " ou plutôt " Ti-zef d'honneur ".

Roque Le Gall

partager sur facebook :