La Mémoire du vautour

Fabrice COLIN

Au Diable Vauvert, 2007
305 pages. 20 euros



C'est une fois de plus un roman très étrange que nous offre Fabrice Colin avec La Mémoire du vautour. On pourra se demander s'il s'agit là davantage de littérature générale, comme l'affirme son éditeur, que ne l'étaient Or not to be ou, surtout, Kathleen, mais toujours est-il qu'on est bien loin ici des Winterheim ou du jubilatoire A vos souhaits de ses débuts. Fabrice Colin a clairement pour ambition depuis quelques années de se démarquer du champ (du carcan ?) de la littérature de genre à laquelle son nom est encore associé.

Il pousse par ailleurs dans ce roman un cran plus loin son travail d'expérimentation sur la forme du récit, entraînant son lecteur dans un dédale de réflexions sur la mémoire et la mort, aucun personnage ne sachant vraiment qui il est, ni comment appréhender le monde qui l'entoure (à ce titre, la référence à David Lynch mentionnée en quatrième de couverture me semble pleinement justifiée).

Son style lui-même évolue au fil du roman, qui voit se succéder autant d'intrigues entremêlées que de protagonistes, ceux-ci prenant tour à tour la parole pour l'abandonner définitivement au chapitre suivant. Plate et limpide au début, plus débridée par la suite, l'écriture se trouve ainsi en accord avec l'évolution des personnages et de la trame du récit, laquelle passe, selon le même modèle, d'un début classique ? dans la veine des romans d'espionnage de Robert Ludlum ? à un final apocalyptique, absolument déjanté.

On notera à ce propos le morceau de bravoure sur fond de réincarnations successives offert à l'appétit du lecteur en milieu d'ouvrage. C'est sans doute au cours de ce chapitre que l'on cessera de chercher un sens rationnel au roman, pour s'aventurer dans le champ de l'interprétation personnelle.

En conclusion, La Mémoire du vautour n'est certainement pas le roman par lequel commencer à découvrir l'?uvre de Fabrice Colin. En revanche, pour qui apprécie son univers et ses expérimentations formelles, c'est un véritable régal.

Mikael Cabon

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