N'oublie pas

Lalie WALKER

Hors Commerce, 2003
Coll. Hors Noir. 22 euros



Printemps 2005. Jeanne Debords flanquée de ses deux fidèles adjoints, Irma et Fred (cf. "Pour toutes les fois" et "Portées disparues"), vient de négocier une nouvelle "mutation" qui l'a amenée à Paris, dans le Quartier de la Nation. Elle a accepté la direction du BEP, le Bureau d'Enquêtes Parallèles, destiné à gérer les cas irrésolus qu'abandonnent les enquêteurs, faute de temps, d'une piste valable et de moyens... En fait, Jeanne Debords n'a accepté la direction du BEP que parce qu'elle souhaite l'aboutissement d'un seul dossier : celui du meurtre de ses parents, assassinés il y a près de dix ans. Or, comme par hasard, c'est le seul dossier qu'on a "omis" de lui remettre !... Que veut-on cacher ? Qui peut ne pas avoir intérêt à l'élucidation du meurtre d'un ancien juge et de son épouse ? Dix ans de culpabilité pour Jeanne Debords ! Dix ans qu'elle vit recluse dans son grenier aux souvenirs ! La découverte d'un corps décapité dans le XXe arrondissement va tout précipiter... Un dossier explosif qui regroupe deux affaires va être rouvert : celle des "Décapités"... et celle des "Suicidés". Au total vingt cadavres ! En toute impunité, un dangereux déséquilibré assassine depuis des années... D'un côté, les "Décapités", de l'autre les "Suicidés"... Tous des flics ! Et entre les deux séries de victimes, un juge, le juge Debords, son père ! Jeanne va enfin pouvoir passer à l'action. Remonter le temps. Défaire des dizaines de vies. Rouvrir autant de romans que de plaies. Re-dérouler le fil de l'Histoire. Rétablir l'équilibre rompu dix ans plus tôt. L'enquête où s'entremêlent à la fois sa vie privée et professionnelle va s'avérer complexe et terrifiante. Jeanne en perdra presque sa foi en l'humain... "Et le monde continue de tourner rond, et taré" !...

Les deux premiers romans de Lalie Walker, "auteur de thrillers psychologiques" avaient été salués par la presse. Nul doute que ce troisième opus dans lequel le lecteur retrouve, pour son plus grand plaisir, l'enquêtrice talentueuse Jeanne Debords, le sera également. Tout d'abord, Lalie Walker a le sens de l'intrigue, une intrigue bien huilée, menée avec rigueur, bien construite, rythmée, bien noire. Ce roman sur la mémoire distille savamment une atmosphère inquiétante, empoisonnée, lourde et poisseuse. Comme pour le personnage central, très attachant, aucune échappatoire possible pour le lecteur. Tout comme Jeanne Debords, il lui faut aller jusqu'au bout de la souffrance, de la douleur. Une galerie de personnages solidement campés, "les bons comme les méchants", complexes, tourmentés, avec leurs fêlures, leurs faiblesses, ajoute réalisme et crédibilité à ce très bon polar noir, profond et sensible. Lalie Walker a été psychothérapeute et cela se sent... Comment oublier ses "personnages secondaires" - mais le sont-ils vraiment ? - qui - comme Jeanne Debords et ses deux adjoints - ont tous peur de se confronter à leur vie ? Il y a Toni, la jeune tueuse amnésique, Scurf, le minable petit caïd de cité, Fergus, le fleuriste qui rêve de transformer le cimetière de Picpus en parc floral, son amie Camélia, juge redoutable et redoutée mais Présidente au grand coeur de l'Association Picpus 2005. Il y a encore Charlie et Hyacinthe, deux cerveaux mous, deux âmes en peine, Banana Split qui téléphone... avec une banane, Gwendal, l'ex-flic aveugle, ange noir tombé du ciel... Et il y a surtout Willy, une montagne de muscles qui écoute le vent, converse avec le vent. Et le pathétique, l'inoubliable Simon, Simon l'Africain, le sorcier, le "medecine-man", le chaman féru d'opéra, Simon qui se souvient de son village, ravagé par la guerre...

Un roman dense, sombre, réaliste, sans concessions, au style parfaitement maîtrisé, qui allie l'efficacité des maîtres anglo-saxons et le charme des romans à la française ! Un auteur très prometteur !

MGRB

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