Cahin Chaos

Colin THIBERT

Gallimard, 2005
Coll. Série Noire. 9,00 euros



Colin Thibert est suisse et pourtant il est drôle, un peu comme la vache mauve Milka. Il m'avait déjà fait rire avec Barnum TV, critique en règle du milieu de la TV avec un léger arrière-goût de déjà-lu.
Ici il nous embarque d'emblée dans une improbable Vladystrie qui rappelle quand même sérieusement la terrifiante guerre entre Serbes et Croates de sinistre mémoire. Il en exploite tous les codes : les noms des personnages, de Dracul à Vélimir en passant par Petar, produisent un indéniable effet de réel qui confine parfois à la caricature. Mais au début on se perd un peu, vous savez comme dans les romans russes où chaque personnage est désigné successivement par un de ses trois noms différents et dont on se dit quand on a fini son livre qu'on aurait mieux ou plus vite compris l'histoire si l'auteur nous avait fait comprendre d'emblée que Lioubine était une femme et non un homme. Face à l'accumulation d'images de violence et de cruauté, on se demande vraiment au bout de deux chapitres où Thibert nous emmène. Puis chapitre 3, changement de programme : nous voilà propulsés à 3 522 km de là, chez les Versoix, petit couple antipathique à souhait, prétentieux, nouveaux riches, m'as-tu-vu, opportunistes et toute la panoplie des gens à qui on souhaiterait bien du malheur. On se demande bien quel rapport peut exister entre Ilona et Petar d'une part et Isabelle et Jean-Philippe d'autre part. mais on devine déjà que ces quatre-là se rencontreront d'une manière ou d'une autre. le récit se poursuit selon la technique éprouvée des récits parallèles : un chapitre pour les Versoix et un chapitre pour les Vladystriens, technique qui fonctionne à merveille en termes de machine à lire car à peine a-t-on quitté un personnage que l'on se demande ce qui est arrivé entre-temps aux autres. Je ne vous dirai pas la fin, plutôt jubilatoire et en même temps attendue de ce roman qui cède parfois à la facilité en formulant une critique assez évidente des moeurs et vices de cadres friqués et incultes. En tout cas Thibert produit des images et des sensations intéressantes. On voit bien le sale gamin des Versoix et on respire la crasse de Petar : les personnages, aussi caricaturaux soient-ils ont donc tout de même acquis un peu de l'épaisseur du réel.

Valérie Rodier-Bellec

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