Ma vie en l'air

Anne SIBRAN, Didier TRONCHET

Dupuis, 2005
coll. Aire Libre, 2005, 12,94 euros



Le dessinateur de Jean-Claude Thergal a plus d'un tour dans son sac. Il l'avait déjà prouvé lors de sa première collaboration avec Anne Sibran. Le récit cette fois-ci ressemble à un conte pour pas-trop-enfant. Jugez plutôt : une petite fille qui découvre qu'elle peut voler en sautant d'un muret. Un homme sauvage qu'on aurait tendance à considérer comme simple d'esprit et qui parle aux oiseaux et ne vit que pour eux. Un couple de parents trop amateurs de sang, de couteaux et d'exécutions pour être honnêtes. Une grand-mère en fauteuil délatrice. Un orphelinat tenu par des soeurs où les petites filles se transforment en monstres. Un asile d'aliénés... mais il ne faut pas tout dévoiler. Disons juste que le trait un peu sombre des dessins de l'ami Tronchet sont seyants sur le fond d'initiation très noir imaginé par Sibran. Les yeux un peu ronds, les bras frêles donnent à la petite Ariane dont cet album unique est l'histoire un air d'oisillon sauvage tombé de son nid. La maison fantastique où se déchire son enfance regorge d'odieux trésors : un coffre empli de onze générations de rognures d'ongles entre autres, un portrait d'aïeul terrifiant, un billot centenaire... drôle d'inventaire, même pas à la Prévert. Anne Sibran fait vivre une drôle d'expérience à la petite Ariane. On se laisse engloutir dans cette avalanche au ralenti de coups du sort. Quelques parenthèses apaisées laissent respirer le petit moineau : les vacances chez grand-mère, la vie chez Paulin, et puis Elias le fossoyeur de colombes sur un pont parisien. Tant mieux, sinon pour nous aussi ce serait dur toute cette poésie qui englobe des horreurs. Mais il n'y a quand même pas que ça ; si vous voulez savoir ce qu'est le principe d'harmonie du monde, la tropopause, plongez-vous dans Ma vie en l'air avec les bernaches du Canada ...

Marion Godefroid-Richert

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