Le chat du rabbin (T. 4 — Le paradis terrestre)

Joann SFAR

Dargaud, 2005
9,80 euros



De retour de Paris, le rabbin et son chat sont à Oran avec le malka des lions. Par une chaude après-midi le chat se prélasse à l'ombre en écoutant monter dans l'air immobile les paroles du vieux conteur qui captive son auditoire avec une de ses belles histoires. La vie, la vieillesse, l'amour et la mort s'emmêlent en une broderie bigarrée tissée par l'ascète. Lorsque le chat retourne à la réalité, c'est pour retomber de ses quatre pattes à coussinets dans les premiers remous de l'agitation qui gagne le peuple colonisé de l'Algérie française. Les cousins, malka et rabbin, vont chacun commencer à se dresser dans les prémices du chaos sur des positions opposées et complémentaires, entre fierté et dédain pour l'un, entre sagesse et mesure pour l'autre...
La beauté du récit est égale à elle-même, les couleurs de Brigitte Findakly éclatent à chaque page en petits feux d'artifice, et le petit héros à quatre pattes fat, sensuel et égocentrique de Joann Sfar nous entraîne toujours plus loin dans ce livre d'images qu'est l'enfance du dessinateur. Et c'est toujours aussi réussi ! Des petits bouts de sagesse sont détenus et délivrés par chacun des personnages au détour de chaque coin de page. On aime : le serpent qui suit le malka et qui un jour lui fera cadeau de sa morsure pour qu'il meure avec sa douce dans les bras, le lion qui suit le malka dans le désert, est son ami depuis trente ans et ne fait plus peur aux jolies demoiselles, le chat qui intimide le serpent en se vantant d'être agile comme une mangouste, le malka qui fait taire la voix jaune de l'envie et de la discorde par sa parole qui claque et par sa gifle qui résonne, le rabbin qui se refuse à faire l'apologie de la prise d'arme pour se saisir d'un livre, les feux de la tribu dans le désert qui se reflète dans les yeux lourds de khôl des filles bédouines. Pour tout cela et plus encore, jetez-vous sur le chat du rabbin.

Marion Godefroid-Richert

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