Exode

Joann SFAR

Dargaud, 2003
Troisième tome de la série Le chat du rabbin. Précédé par La Bar-Mitsva et Le Malka des lions.
Coll. Poisson Pilote. 9,44 euros



La vie n'est plus ce qu'elle était dans la famille du rabbin. Zlabya s'est mariée avec un jeune rabbin venu de Paris et délaisse son chat au profit de son mari, ce qui entraîne chez le félin une crise existentielle, bientôt partagée par son maître lorsque toute la famille embarque à bord d'un paquebot en direction de Paris. C'est qu'il faut présenter Zlabya à ses beaux-parents. Et il est " tout de même important que [le maître] connaisse la famille de [son] gendre ". Arrivé à Paris, le rabbin hésite à rencontrer une famille qui " ne fait pas trop Shabbat " et décide de s'en aller explorer la ville, accompagné de son chat, qui préfère lui aussi la pluie et l'inconnu à tenir la chandelle à sa maîtresse...

Enfin un regard positif sur le judaïsme ! Loin de tous les clichés et poncifs plus ou moins haineux auxquels l'on a immanquablement droit quand il s'agit de cette religion, particulièrement dans le contexte actuel, Joann Sfar nous offre un troisième bol d'air avec ce nouveau volet de sa série félino-rabbinique. Paradoxalement — puisque seuls les tourtereaux ont le coeur à la noce - plus léger dans le ton que les deux précédents, cet épisode dépeint les affres d'un rabbin en proie au doute, qui tente de comprendre, en un Paris bien sombre, indifférent et chagrin où tout lui est totalement étranger, pourquoi il lui faudrait appliquer à la lettre tous les préceptes de sa religion, quand l'essentiel est peut-être ailleurs. Pas de réponse définitive, bien sûr, dans ces cases, mais d'intéressantes interrogations sur la religion et les rapports humains, sur l'intégration et l'identité culturelle des immigrés aussi, avec ce formidable portrait du neveu Rebibo, contraint pour survivre à se livrer à un navrant numéro de chansonnier tout droit sorti des music-halls coloniaux des années trente. Avec beaucoup de drôlerie, de sensibilité, de finesse et d'ouverture d'esprit, Joann Sfar aborde des thèmes graves en usant de cette liberté de ton qui lui permet, comme toujours, d'aller au fond des choses avec une économie de mots surprenante. Le dessin, très sombre dans cet épisode pluvieux, est constamment illuminé par la bouille d'un rabbin que l'on apprend ici à mieux connaître. Pour finir, laissons la parole au sympathique héros de ce rafraîchissant volume : " Allez, on fait le kiddouche que si vous êtes en retard pour le dîner, c'est vos femmes qui vont m'engueuler... " (p. 46)

Ce troisième tome est une parabole délectable qui prône la tolérance. Si vous ne la connaissez pas encore, ne vous privez pas une seconde de plus du plaisir d'une série qui devrait être déclarée d'intérêt public.

Mikael Cabon

partager sur facebook :