Sur le seuil

Patrick SENECAL

Bragelonne, 2006
coll. L'Ombre de Bragelonne, 365 pages, 20,00 euros



Paul Lacasse est psychiatre dans un hôpital de Montréal. En fin de carrière, il est complètement désabusé par son métier et peine à se trouver utile face à la détresse de ses patients. Il songe même à interrompre prématurément sa carrière pour se donner par la même occasion une chance de sauver son couple, fragilisé par sa constante lassitude.
C'est alors qu'est admis dans son service un patient hors du commun : il s'agit de Thomas Roy, l'un des plus illustres écrivains québécois, spécialisé dans les romans d'horreur. L'accueil d'une telle personnalité devrait déjà suffire à mettre l'aile psychiatrique en effervescence, mais l'état dans lequel il se présente soulève encore plus l'étonnement : il s'est tranché tous les doigts des deux mains avant d'essayer de se jeter par la fenêtre. Simple envie d'en finir avec la vie ? L'affaire semble un peu plus complexe que cela... A en croire un journaliste trop curieux mais fort bien informé, l'inspiration de Thomas Roy cacherait un terrible secret et ce serait pour y échapper, pour arrêter d'écrire, et ainsi de nuire, qu'il a tenté de se supprimer !

Roman d'horreur très agréable à lire, Sur le seuil brille davantage par une construction habile et une intrigue bien menée qui font monter progressivement la tension jusqu'au final dantesque de l'histoire que par l'abondance de scènes horrifiques ou macabres. Une fois habitué à la couverture — très réussie - de cette édition, le lecteur peut poursuivre tranquillement sa lecture : rien de bien méchant ne l'attend de l'autre côté de la page. Il y a bien la scène de découpe des doigts à la massicot, mais comme on l'a dit, tout est sur la couverture. Sur le seuil est donc un livre à mettre entre toutes les mains - ou presque, n'exagérons rien tout de même : le final peut heurter les âmes sensibles ! - et qui a le mérite d'offrir au lecteur une galerie de personnages bien construits et attachants, celui du psychiatre en tête. Curiosité non dénuée d'intérêt : malgré quelques retouches de l'éditeur, la langue de Patrick Senécal est parsemée d'expressions québécoises fort pittoresques et les quelques notes de bas de page aident à s'y familiariser. Un bon thriller psychologique mâtiné d'un zeste de fantastique et d'un soupçon d'horreur, à lire avec l'accent !

Mikael Cabon

partager sur facebook :