Drive

James SALLIS

Rivages, 2006
coll. Rivages noir, 6,95 euros



James Sallis est connu en France depuis quelques années, au travers de la traduction de 5 romans mettant en scène Lew Griffin, le privé noir de la Nouvelle-Orléans (collection noire des éditions Gallimard). Avec Drive, Sallis change totalement de style et nous brosse le portrait d'un homme atypique. Le chauffeur. C'est ainsi que Sallis nomme le protagoniste de son roman. Le lecteur ne connaîtra pas sa véritable identité. Le chauffeur maîtrise totalement toutes les facettes de la conduite automobile. Il met ses compétences au service de l'industrie cinématographique et participe, en tant que cascadeur, à la réalisation de scènes de poursuite automobile dans diverses productions Hollywoodiennes.
C'est un boulot parfaitement dans ses cordes, mais qui lui laisse du temps libre. Ce temps libre, il l'emploie à une activité beaucoup moins honnête, mais plus lucrative. Il est chauffeur pour des braquages. Il ne s'implique jamais dans l'action, patiente au volant d'un véhicule volé pendant que ses comparses opèrent. Son travail : sécuriser la fuite, semer éventuellement la police et encaisser sa part. C'est un professionnel froid et rigoureux. Il ne fréquente les truands que pour le travail. Le reste ne l'intéresse pas, et c'est pour cela qu'il est apprécié dans le milieu. Un jour, un hold-up se déroule mal. Le sang coule, ses complices sont tués. Il devient un homme traqué. Par les forces de l'ordre ? Non. Par les commanditaires du braquage. Notre homme va chercher à comprendre, remonter la piste jusqu'à ceux qui l'ont trahi et se venger.
Les principaux ingrédients de l'intrigue sont basiques, maintes fois usités dans l'univers du roman noir : un casse qui foire, une trahison, une vengeance. Ce qui fait toute la différence, c'est le talent de James Sallis. Un talent qui lui permet de dresser par petites touches le portrait précis et dynamique de son protagoniste. Sallis manie avec maîtrise la technique des flash back. Il alterne brillamment l'action présente et les retours sur l'itinéraire de vie du chauffeur. Progressivement, de son enfance jusqu'à ses premiers braquages, en passant par son apprentissage du métier de cascadeur, Sallis fait vivre devant nos yeux un homme à part. Le chauffeur ne s'attache à personne, n'éprouve aucune compassion ni empathie pour autrui, et semble dépouillé de toute affectivité. Cet homme est un psychotique et nous découvrons pourquoi il est devenu un marginal dangereux et efficace, résolu d'aller jusqu'au bout de sa vengeance, sans se soucier du prix à payer.
L'anonymat volontaire que confère Sallis à son personnage renforce la distanciation qui s'opère entre le monde sensible et le chauffeur. Il y a de l'étranger de Camus dans cet homme mais nous pensons également à Parker, l'un des personnages fétiches d'un autre grand écrivain de romans noirs, D. Westlake (auquel Sallis rend hommage en préambule de son livre).
Le style est acéré. 166 pages de muscle sans un gramme de graisse. Des phrases courtes qui portent loin et font mouche, tant pour décrire une scène, que pour fouiller la psychologie des personnages. Le déroulement rapide de l'intrigue vous tient en haleine et vous impose une lecture en continu de la première à la dernière ligne.
A consommer sans modération.

Thierry Penobert

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