Bois mort

James SALLIS

Gallimard, 2006
coll. Série noire, 280 pages, 17,50 euros



Le flic Turner est en villégiature sur le bord d'un lac au fin fond du Tennessee pour panser ses blessures. Sa vie d'ex-inspecteur de police, sa vie d'ex-taulard, sa vie d'ex-civil même nécessitent un quasi-ermitage pour être tenues à distance. Mais mauvais karma ou hasard farceur, ce trou provincial se retrouve orné d'un cadavre inconnu et le shérif du coin vient demander de l'aide. Comment refuser ? Outre la mise en scène macabre et violente de la mort du vagabond que personne ne réclame, Turner est piégé par la profonde humanité de Lonnie Bates et de son adjoint. Les échos de son ancienne collaboration avec Randy, son co-équipier quand il était inspecteur à Memphis, entrent intimement en résonance avec l'enquête tortueuse à souhait qui mènera au coupable. Turner cheminera alors avec un cadavre de plus accroché à ses basques...

Combien de fois devra-t-on le répéter ? Roque a raison. Roque a toujours raison même ! On ne peut que s'attacher à ce personnage profondément meurtri qui sait faire parler le silence du tréfonds de la nuit peuplée des chants de grenouilles et des sifflements des bêtes nocturnes, des stridulations des chauve-souris en chasse. Qui sait également laisser s'exprimer les gens simples qu'il côtoie sur leurs sentiments enfouis ou au contraire affleurant leur âme. Entrer chez J. Sallis, ce n'est pas rechercher le sensationnel. Amateurs de monstruosités à la Seven ou à la Cornwell, passez votre chemin ! Vous ne trouverez ici que la musique des âmes solitaires d'avoir porté trop de fardeaux trop lourds, trop longtemps. On entend le blues dans la musique des mots de JS comme on entend le jazz dans ceux de Ake Edwardson son cousin lointain suédois. Ils envoûtent pareillement, leur prose enveloppe le lecteur d'une vieille couverture adorée, usée jusqu'à la corde de connaissance des âmes humaines et de leurs défaillances. On est conquis d'entrée de jeu... James Sallis, chantre des douleurs de l'Amérique dont on ne parle jamais.

Marion Godefroid-Richert

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