Bluebottle

James SALLIS

Gallimard, 2005
La noire, 18,90 euros



La Nouvelle-Orléans (" une ville où les crimes sont aussi nombreux que les cafards "..., James Sallis, Le Faucheux), début des années 70. La Nouvelle-Orléans, ses cafés créoles, son marché français, son Vieux Carré... Une belle ville où il fait bon vivre, somme toute... sauf parfois pour les Noirs ! Il ne faut tout de même pas exagérer ! Lorsqu'il se réveille du coma sur un lit d'hôpital, Lew Griffin souffre beaucoup. Il est de plus frappé de cécité temporaire et il a perdu la mémoire... Peu à peu, les souvenirs vont resurgir par bribes, certains déformés, la plupart en grande partie intacts...

Tout a commencé le jour où il avait rendez-vous avec un certain Eddie Bone, un magouilleur en cheville avec la mafia locale. Dans un bar du centre-ville, Lew a fait la connaissance d'une femme mûre, Dana Esmay, qui se prétendait journaliste... A leur sortie du bar, des coups de feu ont éclaté. Lew a été grièvement blessé. La femme s'est enfuie...

" Un jour après, c'est Eddie Bone en personne qu'on a trouvé refroidi... "

L'instinct du privé va alors prendre le dessus et Lew n'a qu'une hâte, sortir de l'hôpital et mener sa propre enquête. Pas évident pour un homme qui a l'impression que sa vie " s'écrit en alphabet morse ", conséquence de ses graves blessures...

Qui était visé ? Lui ou la mystérieuse Dana Esmay ? Qui a tiré et pourquoi ? Qu'est devenue Dana Esmay ? l'assassinat d'Eddie Bone est-il lié à la fusillade à la sortie du bar ? Pourquoi Joe Montagna, l'homme de main de Jimmie Marconi, le parrain de la mafia locale, ne cesse-t-il " de poser des questions sur Dana Esmay et sur Lew " ? Pourquoi Marconi veut-il " mettre la main " sur Dana Esmay, coûte que coûte ?

Etrange affaire et enquête périlleuse (" T'as vraiment le chic pour te foutre dans le pétrin, Griffin !, lui dit Jimmie Marconi ") pour Lew qui " va devoir se colleter une fois de plus avec la part la plus sombre de l'homme... "

" James Sallis est en train de constituer une des oeuvres les plus impressionnantes qui soit dans le champ des histoires de détectives privés " (Lawrence Block, cité en 4e de couverture de Le Frelon noir de James Sallis)

Est-ce possible ? Est-ce vraiment possible ? Il paraît qu'il y aurait encore des " Mauvaisgenreux " qui ignorent encore qui est James Sallis !... Cet Américain, passionné de SF (il est l'auteur de deux anthologies sur le sujet), grand amateur de jazz et de blues, est à la fois critique, poète, traducteur, essayiste, romancier, nouvelliste, biographe (il a consacré une remarquable biographie intimiste au grand Chester Himes). Ce n'est que relativement récemment, en 1992 en fait, qu'il s'est mis au roman noir : The Long-Legged Fly, en français Le Faucheux (Gallimard, La Noire, 1998, très bonne traduction de J. Guyon et P. Raynal). Ce premier roman noir, à sketches, racontait " en 4 actes et sur une période de 26 ans le long cheminement d'un privé noir de la Nouvelle-Orléans, Lew Griffin, qui devient l'écrivain de sa propre vie ". Lew Griffin allait être le personnage récurrent, atypique, sur lequel James Sallis a bâti une saga, s'étendant sur plusieurs années. Cinq autres romans allaient suivre. Dès le premier roman, le ton était donné. La critique était unanime : " la qualité d'écriture est au rendez-vous et c'est ce qu'on appelle un grand moment de lecture... "

Les débuts dans le noir n'avaient cependant pas été si faciles pour James Sallis : " J'ai terminé Le Faucheux et j'ai commencé à le proposer ici et là. Il n'intéressait personne. Les éditeurs de polars le trouvaient trop littéraire et les éditeurs d'oeuvres classiques n'aimaient pas son aspect polar... " (L'Ours polar n° 16, p. 29 - Interview de James Sallis par C. Dupuis, traduction de Laura et Luc Baranger... On ne dira jamais assez de bien de L'Ours polar !...)

La critique allait être encore plus dithyrambique pour les romans suivants, mettant en scène le privé noir alcoolique, pur et dur, le détective intellectuel, pétri de culture européenne... et d'humanité ! Elle n'hésitait pas à le considérer comme " l'une des voix majeures de la littérature américaine... "

Bluebottle constitue l'avant dernier volume de la série des Lew Griffin. Ce n'est sans doute pas le plus abouti mais l'ensemble demeure somptueux.

Si vous appréciez les romans denses et bien construits - ou " savamment déconstruits " -, si vous êtes sensible à une écriture raffinée, si Chandler, Hammet, Himes ne vous laissent pas indifférent, si vous aimez le blues... vous serez conquis par James Sallis, le grand James Sallis, tout comme l'a été Harlan Ellisson : " Dire de James Sallis qu'il est dans le même registre que Poe ou Dostoïevski n'est pas exagéré de ma part ! "...

Roque Le Gall

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