Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé

Joanne K. ROWLING

Gallimard Jeunesse, 2005
Tome 6 de la série Harry Potter. Traduit de l'anglais. Première parution dans la langue originale en 2005. 715 p. 23,50 euros



Ca y est, Harry a seize ans. Avouons-—le, ça nous arrange ! Tant il est vrai que l'année de ses quinze ans avait bien failli nous faire craquer : il y était tête-à-claques dans toute sa splendeur adolescente, grognon, nombriliste et chichiteux. Et puis le roman de ses aventures avec l'ordre du Phoenix s'était terminé sur une claque justement, mais d'une ampleur telle qu'on l'avait trouvée peut-être un peu disproportionnée... est-ce que Harry méritait vraiment de perdre son parrain ? Avec la famille qu'il subit, ça faisait quand même beaucoup. Et bien ce n'est pas avec ce tome-ci qu'on va pouvoir le consoler, le Harry. Il a beau y faire amende honorable, se mettre à travailler (toujours avec l'aide d'Hermione quand même, il ne faut rien exagérer) et même devenir un as en potions (qui l'eût cru ?) il se prend un revers d'anthologie qui fait arriver Bambi et la chèvre de monsieur Seguin dans la rubrique " histoires poilantes à raconter à ma nièce pour lui faire avaler ses broccolis ". Grâce à un livre surprenant, grâce à Dumbledore et ses leçons particulières, grâce au quidditch... Gardons le suspense intact, vous ne saurez ce qui lui arrive qu'en vous penchant sur le récit de notre belle anglaise !
C'est qu'elle a du talent, la bougresse. Son jeune héros évolue plus que sympathiquement : par exemple dans le présent récit il apprivoise le sentiment amoureux. Cela aurait pu être affreusement niais et c'est mignon, voire attendrissant. Hermione et Ron sont de plus en plus rigolos tous les deux, et même si on sait tous comment vont finir leurs chamailleries, elles sont d'autant plus attachantes qu'elles éloignent l'ambiance de Poudlard définitivement de tout contexte " disneyen " gluant et collant de bons sentiments ! Dans le même registre on peut citer Drago Malfoy. JKR aurait pu le laisser dans son rôle d'ennemi intime de Harry qui était jusqu'ici un peu manichéen, elle le fait lui aussi se mouvoir dans un registre plus tourmenté, moins évident, plus subtil... Et le professeur Rogue, me direz-vous ? Et bien il reste égal à lui-même en harpie à l'hygiène douteuse, repoussant assez loin la possibilité qu'on puisse lui trouver des circonstances atténuantes. On est très content quand Harry découvre le plaisir du sarcasme de manière parfaitement insolente en cours de défense contre les forces du mal avec sa Némésis aux cheveux gras. Un peu plus noir, un peu plus sauvage, un peu plus dévoué, un peu plus moral, un peu moins timide, toujours plus courageux, ce Harry de seize ans a de quoi nous séduire toujours plus.
Et nous n'avons pas parlé de prince ? Bah, vous saurez bien assez tôt qui c'est. L'honnêteté commande de vous avertir néanmoins : ça va être très long d'attendre le prochain tome des aventures de Harry Potter.

Marion Godefroid-Richert

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