Le neuvième chapitre (L'aumônier enquête à bord, T. 2)

Claude-Youenn ROUSSEL

Palémon, 2006
200 pages, 8,00 euros



11 octobre 1786. Le capitaine de l'Infidèle, frégate de 18 canons, est retrouvé mort dans sa cabine, un poignard d'abordage planté dans la gorge. La victime tient encore le couteau dans sa main, aucune trace de lutte ni de larcin, la porte était fermée de l'intérieur... L'on conclut logiquement au suicide. Pourtant, Gratien, aumônier de la Marine de son état et habile enquêteur à ses heures, découvre plusieurs indices qui le font discrètement remettre en question la thèse officielle. Au cours d'une traversée mouvementée qui mènera l'Infidèle aux Açores, puis à la Martinique, Gratien et son valet Julio (qui entretiennent secrètement de coupables relations) s'efforceront de découvrir la vérité.

Spécialiste de la Marine à voile, Claude-Youenn Roussel fait ici montre de sa grande érudition. Le contraire eut été étonnant, tant son parcours parle pour lui : ethnologue de formation, collaborateur aux revues Le Chasse-marée et Ar Men, co-fondateur de Dastum (dont l'importance pour la sauvegarde du patrimoine culturel de la Bretagne n'est plus à démontrer), Chargé d'études au Musée de Morlaix... L'homme a assurément bien des choses à nous apprendre ! Il s'y emploie donc avec talent dans sa série L'aumônier enquête à bord, dont Le neuvième chapitre est le deuxième tome, mais peut se lire indépendamment car précédé d'un prologue qui permet de découvrir rapidement le contexte et les personnages.
Ecrit dans une langue délicieusement archaïque, mais néanmoins parfaitement accessible, ce récit nous emporte à bord d'une frégate du XVIIIe siècle peuplée d'une faune hétéroclite de marins plus ou moins recommandables, avec un tel souci du détail que l'on entendrait presque les haubans se tendre et les voiles claquer au vent. C'est que C.-Y. Roussel se révèle, en plus d'être fort savant, un véritable raconteur d'histoires. L'enquête policière tient tout à fait la route (ou la mer, si j'ose écrire) et les multiples anecdotes sur la vie à bord ou dans les îles font de la lecture de ce petit livre (par le format, qui tient agréablement dans la main et dans la poche) un vrai bonheur.
L'on en apprend beaucoup sur la vie des marins du XVIIIe, mais aussi sur les rapports entre Français et Anglais, notamment. Au sortir de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, l'entente est loin d'être cordiale entre les marins des deux royaumes... L'on rit beaucoup aussi au spectacle du brave marin qui se réfugie à bord, poursuivi par le mari d'une dame dont il s'est manifestement trop approché à terre ! L'on sourit à découvrir de fines allusions anachroniques, telle cette observation faite alors que les marins entonnent un joyeux Tri martolod yaouank pour tuer le temps : " C'était un bel air, on disait même qu'un véritable musicien, un certain sieur Alain des Sources, obtenait un succès fou en le chantant dans des cafés à la mode à Paris. " Les lecteurs bretonnants ou simplement perspicaces apprécieront ! Enfin, l'on retirera de cet ouvrage quelques points de culture générale idéaux pour s'illustrer dans les salons, comme par exemple la signification du mot " tapissier " à l'époque.
Amateurs de marine ancienne, de romans historiques ou d'enquêtes policières menées dans un contexte original, précipitez-vous sur cette série, vous ne le regretterez pas !

Mikael Cabon

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