Mars la rouge

Kim Stanley ROBINSON

Presses de la Cité, 1994
Traduit de l'anglais (USA). 547 pages. 19,80 euros



2053, Nicosia, à l'ouest de Noctis Labyrinthus, Mars. 5 000 personnes vivent désormais dans cette nouvelle ville, sous une tente gigantesque conçue pour contenir tout l'air nécessaire à la survie de la population. John Boone, premier homme sur Mars, héros populaire et habile orateur donne un discours devant la foule assemblée pour l'écouter. Parmi les colons, Frank Chalmers, vieil ami de John mais également son rival, est visiblement jaloux du talent de John et agacé par son lyrisme. Une fois venu son tour de parler, Frank se révèle moins charismatique que John. Après des années de frustration et de soif de pouvoir, c'en est trop pour Frank, qui exhorte discrètement l'un de ses alliés à assassiner John.

Retour en arrière. Nous sommes maintenant en 2026, à bord du vaisseau Ares, qui transporte les cent premiers colons de la planète Mars. Au cours de leur long voyage vers la planète rouge, des tensions se font jour et des stratégies divergentes sont mises en place par, d'un côté, les tenants d'une terraformation radicale et, de l'autre, les partisans d'une préservation du caractère unique de la planète. Leur nouvelle civilisation sera-t-elle aussi réussie qu'ils l'espèrent ? Quelle sera la position de la Terre face à leurs progrès ?

A l'heure où il est sérieusement envisagé d'envoyer un homme sur Mars à plus ou moins court terme, la lecture de ce classique de la SF américaine se fait indispensable pour quiconque souhaite se rendre compte de la difficulté d'une telle entreprise. Sur la base de faits scientifiques extrêmement précis qui lui apportent une vraisemblance absolue, ce roman nous conte dans ses moindres détails la colonisation de Mars, notamment tous les dangers à prendre en compte dans la conception même du vaisseau (qui doit être capable de résister à une éventuelle éruption solaire et permettre de rejoindre la surface de Mars), sans oublier toutes les possibilités imaginables de créer une atmosphère artificielle sur Mars et de réchauffer la planète. Sont également évoquées des inventions fascinantes telles qu'un ascenseur spatial haut de 37 000 kilomètres (cher à Arthur C. Clarke, ce qui explique sans doute pourquoi Kim Stanley Robinson a donné son nom à l'astéroïde fixé à son extrémité) et une voie de chemin de fer encerclant Phobos pour créer une pesanteur à l'envers sur le minuscule satellite. Mais l'aspect le plus intéressant du roman tient peut-être aux relations avec la Terre. De la géopolitique à l'échelle du système solaire ! Bien que totalement dénué du moindre humour (nous n'avons manifestement pas affaire à un rigolo), Mars la rouge est si captivant que l'on en redemande. Bonne nouvelle : il reste encore 1 414 pages avec Mars la verte et Mars la bleue !

Mikael Cabon

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