Rebus et le Loup-Garou de Londres

Ian RANKIN

L.G.F., 2005
coll. Le livre de poche, 2005, 6,50 euros



" Qui craint le grand méchant loup ? ....... "
Un tueur en série baptisé " le loup-garou ", sème la terreur dans la capitale britannique. Ce surnom n'a rien à voir avec la sauvagerie des blessures ni des morsures qu'il inflige à ses victimes. On l'appelle " le loup-garou " tout simplement parce que sa première victime a été retrouvée dans Wolf street (rue du loup).

Comme l'enquête piétine, Scotland Yard fait appel à l'inspecteur John Rebus de la " police de Lothian et Borders ". A Londres, une ville qu'il n'apprécie guère, Rebus est en effet considéré, à tort selon lui, comme une " espèce de gourou du crime en série ". L'arrivée de " l'homme du Nord ", de " l'Ecossais " venu résoudre " l'énigme insoluble " ne va pas que lui attirer la sympathie de ses collègues qui se moquent de son côté rustique et de son accent tout aussi rustique... Rebus n'a prévu de rester que deux ou trois jours à Londres. Juste le temps que la Metropolitan Police comprenne qu'il n'apportera rien à l'enquête, qu'il n'est pas l'expert es-crimes en série attendu... Au lieu de quoi il va dénicher des pistes, se rendre utile, se faire casser la figure, jouer les pères protecteurs, s'offrir une aventure avec une charmante universitaire...
Bien qu'évoluant en terrain vraiment hostile, Rebus se sent de plus en plus concerné par cette affaire sordide qui l'a " pris à la gorge ". Impossible de s'y soustraire ! Rien à voir avec une question de " fierté ". Il s'agit pour lui de " coincer un malade, un sadique d'une sauvagerie épouvantable avant qu'il ne frappe à nouveau ".......
Et s'il faut utiliser des balles en argent, qu'à cela ne tienne ! !....

" La promesse d'une ville ".
" Be proud of your accent-wear it like a badge.....when abroad, remember you are an ambassador for Scotland " (The Scots Little Instruction Book, by Tony Sweeney).
Si Ian Rankin n'est plus un inconnu en France, sa réputation est loin d'atteindre celle dont il jouit de l'autre coté du Channel et dans de nombreux autres pays où il est considéré - à juste titre - comme l'un des grands maîtres du polar.
Traduit en 26 langues, numéro 1 absolu du thriller en Grande Bretagne (ne dit-on pas là bas " the great Ian Rankin ") cet " Ecossais pur malt " vient de publier le 15e livre consacré à son héros fétiche, l'inspecteur John Rebus le flic dur à cuire d'Edimbourg.
Pas évident de suivre les aventures du flic endurci, dans notre pays, même si Rankin est le plus français des auteurs anglo-saxons : il a vécu 6 ans dans le Périgord et parle notre langue. En France ses romans sont (et pas tous ! !) publiés dans le désordre (et dans différentes collections qui plus est...). Lourd handicap pour le lecteur pointilleux qui a un certain mal à se retrouver dans cette publication anarchique... De plus, John Rebus est un des rare personnages récurrents " qui vieillit en temps réel "...
Petite séance de rattrapage pour les non-initiés : les aventures de Rebus ont commencé avec l'épisode de L'étrangleur d'Edimbourg (1987) Rebus avait alors 41 ans (cf fascicule MGRB n° 12-13-14 page 45)
Depuis le premier roman de la série, il n'a cessé de prendre de l'épaisseur (au sens propre comme au sens figuré), de se bonifier, de gagner en humanité... Cet inédit de Rankin, Rebus et le loup-garou de Londres en anglais Tooth and Nail écrit en 1991, constitue la 3e enquête de l'inspecteur.
Ce roman n'est sans doute pas d'une cuvée exceptionnelle mais il n'en demeure pas moins un très grand cru. Un cru original, de surcroît : pour une fois l'intrigue ne se déroule pas à Edimbourg, ville chère à Rankin, mais " en terrain hostile " (p. 35), à Londres, " ville arrogante " (p. 118) que Rankin considère d'un oeil fort critique... On y retrouve un Rebus " quadragénaire ventripotent, qui plafonne au rang d'inspecteur... ", divorcé, " avec une fille angoissée qui trempe dans un univers louche... " Tout va mal pour ce flic vieillissant qui fait son boulot tant bien que mal, sans brûler les étapes (p. 124), pour ce flic tenace (" la célèbre ténacité écossaise "), qui croit en dieu mais pas à sa religion (p. 295) qui s'estime plus ambitieux que talentueux (p. 292) et à qui seul le travail apporte un peu de sens à l'existence (p. 130)...
Comme dans chacun des romans de Rankin, une histoire solidement construite, une atmosphère lourde et oppressante, des décors soignés (en l'occurrence Londres qui est un " personnage " à part entière de l'intrigue tout comme l'est Edimbourg dans les autres épisodes), des personnages bien campés (très beau portrait de flic que celui George Flight, par exemple). Le tout écrit avec brio et un humour très britannique...
Avec le temps, Rebus est devenu l'archétype du flic endurci. Ce redresseur de torts, hargneux, bourru, obstiné, tenace, irrespectueux, roublard, opiniâtre et intuitif, solitaire, désabusé, souvent désespéré, alcoolique et ô combien profondément humain et attachant est à présent un personnage mythique. Ian Rankin, que certains fans n'hésitent pas à comparer à Balzac, a su créer (à la manière d'Hennig Mankell, de Gunnar Staalesen, pour ne citer qu'eux) un personnage universel qui donne ses lettres de noblesse à un genre littéraire encore décrié...
Que celui que James Ellroy appelle " the King of the tartan noir " en soit remercié !

PS : Encore deux épisodes des enquêtes de Rebus à paraître... Il aura alors atteint l'âge de la retraite...On vous l'avait dit que Rebus est un héros vraiment évolutif !

Roque Le Gall

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