Un monde de brutes

Miguelanxo PRADO

Dupuis, 2004



Au moins un titre et un sous-titre qui ne mentent pas ! Le lecteur est invité à entrer dans une quinzaine de petites histoires colorées et vives où il a l'impression d'être dans un monde un peu plus joli que le sien : la ville est séduisante, les filles sont sexy, et puis ça déraille, ce n'est qu'une image de surface et Miguelanxo Prado nous fait traverser les apparences pour nous embarquer de l'autre côté de ce miroir du monde qu'il nous tendait pour mieux nous piéger. Miroir aux alouettes dans lequel se précipitent les personnages très quotidiens pour mieux révéler leur dureté et leur violence fondamentales, une cruauté observable de l'enfance à l'âge le plus avancé. L'auteur ne s'embarrasse pas de situations ni de personnages politiquement corrects, et ces chroniques grouillent de femmes qui n'ont rien de faible et de ménagères qui sont de vraies mégères. Ça commence gentil, et puis rapidement le vernis social craque, ça se déchaîne, ça explose, ça atomise jusqu'à une image plus traitreusement et faussement conforme aux clichés lisses en forme de chute finale mais sans oublier quelques taches de sang dans un coin de la vignette... On jubile de tout ce qu'on n'a jamais osé faire et que l'on voit ici représenté, et l'on a hâte de devenir une vieille dame indigne qui pourra accomplir dignement des actions indécentes. On se régale de tant de méchanceté et de cynisme, un peu scotchés de tant de "pousse-toi-d'là-qu'j'm'ymette" qui se déploie injustement en toute impunité.

Aristote avait raison : quel pied de voir tout ce mal incarné en actions ! On en redemande !

MGRB

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