Au saut de la louve

Jean-Hugues OPPEL

Rivages, 2004
coll. Rivages noir, 7,95 euros



Les Français n'aiment pas les recueils de nouvelles. Pourtant ceux-ci sont l'occasion d'apprécier la palette du talent d'un auteur. Ainsi en est-il du recueil Au saut de la louve qui réunit 20 nouvelles écrites par Jean-Hugues Oppel entre 1995 et 2003, les plus souvent dans des revues. Bien sûr, le niveau est inégal et on préfère les nouvelles brèves et efficaces comportant une véritable chute comme L'odeur et le bruit qui décline de manière délicieusement inconvenante et avec une sacrée avance le thème de la canicule mortelle pour les vieux. On rit bien de certaines nouvelles basées sur un jeu de mots (plus ou moins foireux, d'ailleurs) placé en titre ou en pointe. Ces nouvelles sont aussi souvent en forme d'hommage à des auteurs plus connus, voire cultes comme ce titre : L'assassin habite au 31. Oppel forge ainsi sa vraie marque de fabrique, ironique et cruelle à souhait, tout comme ses phrases nominales qui composent de très courts paragraphes et créent d'emblée une atmosphère propice à plonger le lecteur dans la courte histoire. On est moins emballé par la première nouvelle qui donne son titre au recueil et d'autres qui paraissent moins efficaces car elles étirent assez mollement leur trame narrative, comme tentées peut-être par une forme romanesque plus ambitieuse mais non aboutie. Globalement on apprécie cependant l'aspect ludique et vif, le style alerte de ces nouvelles où l'on s'amuse, mais peut-être pas toujours autant que l'auteur. On aime aussi la portée critique (politique et sociale) de beaucoup de ces nouvelles noires tout comme la manière de peindre les âmes de nos contemporains. au final, on a passé de bons moments dans ce recueil qu'on a lu lentement parce qu'au fond c'est peut-être le principe de lecture à adopter face à un recueil de nouvelles : ne doit-il pas être un livre de chevet où l'on va butiner à son gré pour entre dans une atmosphère donnée à un moment donné ? Les nouvelles sont si différentes que s'en lire trois ou quatre de suite est déstabilisant ou ne fait que mettre au jour certains tics d'écriture.

Valérie Rodier-Bellec

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