Le Terrain vague

Hideji ODA

Casterman, 2005
coll. Ecritures, 12,95 euros



Réneï Hayashi a 22 ans. Etudiante en arts plastiques, elle est la maîtresse de l'un de ses professeurs. Au cours de leurs brèves rencontres, elle se confie à lui, cherchant son réconfort : depuis des années, elle poursuit le même rêve, un rêve qui la mène dans ce qu'elle appelle " le monde de Kû ", un monde qui lui semble tellement réel qu'elle a parfois du mal à le distinguer de la réalité. Elle y retrouve son frère adoptif, décédé alors qu'elle était enfant et avec qui elle entretenait une relation fusionnelle. C'est aussi pour elle un endroit privilégié où se poser des questions existentielles, au coeoeur desquelles apparaissent également Kyomu, le frère disparu de son ami d'enfance, et surtout Kaya, l'une des rares personnes à avoir jamais pu la suivre dans le monde de Kû...

Inspiré par les oeoeuvres de l'artiste japonaise Yûko Kawada dont il détaille la technique dans une intéressante postface, Hideji Oda nous livre ici un conte extrêmement sensible, toujours à fleur de peau, où le lecteur se sent constamment sur le fil du rasoir, mal à l'aise, ressentant par moments comme une apologie du suicide, même si l'héroïne finit par le rassurer : " J'ai choisi de vivre ", dit-elle au moment où ses dérives oniriques menacent de la faire basculer dans le vide. C'est que le sujet est grave, le suicide des jeunes ressemblant fort à un véritable phénomène de société au Japon. Mais tout sombre que soit l'esprit de ce livre, il s'en dégage néanmoins une certaine légèreté grâce à un dessin tout en finesse exprimant parfaitement la fragilité de la jeune fille qui se réfugie dans ses rêves ou dans un terrain vague — jolie métaphore pour son esprit tourmenté — pour essayer de comprendre ses souvenirs d'enfance et finalement choisir sa voie.

Un livre superbe et émouvant qui ne pourra que contribuer à faire sortir les mangas (et la bande dessinée en général) des cloisonnements habituels. La collection s'appelle " Ecritures ". Oui. C'est bien de cela qu'il s'agit.

Mikael Cabon

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