Le dernier chasseur de sorcières

James MORROW

Au Diable Vauvert, 2003
23 euros
Traduit de l'anglais (USA). Première parution dans la langue originale en 2003.



1686, Est de l'Angleterre. "Philosophiae Naturalis Principia Mathematica", oeoeuvre majeure d'Isaac Newton, arrive entre les mains de Jennet, douze ans, fille de l'éminent et très appliqué chasseur de sorcières Walter Stearne. C'est le début d'une grande passion réciproque entre le livre et sa lectrice. Initiée aux mystères de la science par Isobel Mowbray, sa tante préceptrice, grande érudite et admiratrice de Newton, Jennet en vient à douter du bien-fondé des activités de son père, scepticisme exacerbé par le jugement pour hérésie de sa tante qui finit sur le bûcher. Jennet n'aura alors de cesse de trouver un argumentum grande prouvant l'inexistence des démons, et invalidant donc toute accusation de "crime de sorcellerie". Ainsi commence la quête scientifique de celle qui, pour obtenir l'abolition de cette loi inique, n'hésitera pas à traverser l'Atlantique pour se rendre aux Amériques et rencontrera les esprits éclairés de Benjamin Franklin, Isaac Newton, Montesquieu et quelques autres...

D'Ipswich en Angleterre à Salem dans le Massachusetts, c'est à un fascinant voyage au temps de l'inquisition anglo-saxonne que nous invite James Morrow. Pourtant, au travers de péripéties rocambolesques mettant en scène inquisiteurs acharnés, politiciens véreux, Indiens, pirates, monstres de foire et prétendus sorciers, l'auteur fait plus que nous conter les aventures de son héroïne : en faisant appel aux grandes figures des Lumières, telles qu'Isaac Newton, Benjamin Franklin et le Baron de Montesquieu, il dépeint une formidable bataille d'idées entre raison et obscurantisme. Et si le sujet est bel et bien la sorcellerie, que ce combat nous paraît pourtant actuel ! Nous ferions bien de nous replonger dans les écrits du XVIIe siècle pour éviter les dérives irrationnelles auxquelles nous assistons aujourd'hui, tant au niveau du charlatanisme ordinaire que de la géopolitique... Des expressions du type "forces démoniaques" ou "suppôts de Satan" trouvent une résonance particulière dans un monde où superstition et fanatisme religieux se heurtent à la mystification institutionnalisée pour raison d'Etat dans la lutte contre "l'Axe du Mal"... Au final, "Le Dernier chasseur de sorcières" est un excellent roman, très bien documenté, qui jongle avec une rare finesse entre suspense et érudition, le livre-même de Newton prenant régulièrement la parole pour commenter les événements et rétablir peu ou prou, quand il en est besoin, la vérité historique.

De sa plume vive, acérée et pleine d'humour, James Morrow, véritable génie littéraire, nous a offert là une science-fiction iconoclaste et sulfureuse à souhait, un authentique chef d'oe'oeuvre à dévorer d'une traite et à compléter par les lectures recommandées en fin d'ouvrage.

MGRB

partager sur facebook :