Buffet à volonté

Francis MIZIO

Par Hasard !, 2003
14 euros



Fauché comme les blés, en père attentionné, Francis Mizio accepte d'animer un atelier d'écriture en échange d'un séjour gratuit, nourri-logé, d'une semaine - du 6 au 13 juillet 2002 - dans un village-vacances varois, pour lui et ses deux enfants, Mateo et Salomé. "Buffet à volonté" est le récit de cette semaine de vacances... L'écrivain offre ses talents en échange du gîte et du couvert pour lui et sa progéniture. Las, durant ce séjour, seuls deux vacanciers oseront s'approcher à moins de cinq mètres de sa table de travail ! Finalement, Francis Mizio ne rendra pas au prolétariat le service qu'il se proposait de lui offrir de bon coeoeur. Il ne joue pas dans la même cour, tant pis. L'artiste gardera pour lui son élévation spirituelle. Comment lutter contre le soleil et le tissu provençal à olives quand pour quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l'entourage vacancier du plumitif en exil la littérature se réduit à Télé Z et Guy des Cars ?...

Cette autofiction est annoncée comme étant le livre testament, le livre ultime d'un Francis Mizio complètement désenchanté et semble-t-il bien décidé à ne plus écrire. C'est donc tout naturellement l'occasion pour lui de faire le point sur sa vie personnelle et professionnelle, sur sa carrière d'écrivain, de s'interroger sur le rôle de l'écrivain sur la scène culturelle, sur la place qu'il occupe dans la société, l'occasion aussi de régler ses comptes avec le milieu de l'édition et du journalisme, les carottes râpées, Télérama, les motifs récurrents de l'olive sur fond jaune, les fauteuils blancs en plastique moulé, etc. L'occasion enfin d'expliquer pourquoi il n'écrira plus... Un écrivain divorcé et fauché, deux enfants et un camp de vacances : cela pourrait être d'une banalité affligeante. Il n'en est rien : c'est tragique et tordant à la fois. Cela pourrait être futile ; bien au contraire, c'est lourd de signification. Rien n'est gratuit, tout le monde en prend pour son grade. Francis Mizio, son sens de l'autodérision et son humour grinçant visitent, une petite semaine durant, un village-vacances de cauchemar où le rôle de la Némésis de l'auteur est tenu par... les carottes râpées ! Entre digressions et états d'âme, la critique très explicite que l'auteur exerce à l'égard de ses contemporains est d'une justesse et d'une lucidité attristantes. Ecrire, même des bêtises, ne sera jamais aussi attractif que de patauger dans une piscine saumâtre surpeuplée. La France, patrie des Arts et Lettres ? En été, pas dans le Sud, en tout cas... A lire "Buffet à volonté", on comprend toute la rage, la révolte, la frustration, la déception, le dégoût, la lassitude, le mal-être et la souffrance de l'auteur.

Francis Mizio est un écrivain doué, précieux, talentueux, unique en son genre, un auteur qu'on lit toujours avec un immense bonheur. On ne peut que respecter sa décision de renoncer à sa carrière littéraire. Impossible néanmoins de ne pas la déplorer. Impossible non plus de ne pas espérer que l'envie d'écrire soit la plus forte et qu'il ne puisse lui résister...

MGRB

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