La raison du plus fou

Neil McMAHON

Payot, 2005
coll. Payot suspense, 17,00 euros



San Francisco, 1997

Lorsque Carroll Monks, médecin urgentiste au Mercy Hospital et également expert, consultant et enquêteur pour l'ASCLEP (une compagnie d'assurances spécialisée dans les fautes professionnelles) découvre dans sa voiture un vieux rasoir à main au manche en ivoire poli, incrusté d'un caducée en argent, il se doute immédiatement que ce superbe objet de collection est un cadeau de son ancienne maîtresse, Alison Chapley, perdue de vue il y a 5 ans à présent. Ce dont il ne se doute pas, par contre, c'est la raison pour laquelle Alison désire reprendre contact avec lui. Psychologue, elle travaille au Clevinger hospital, sous les ordres d'un psychiatre britannique, le Dr Francis Jephson qui dirige " psycho trois ", soit l'unité psychiatrique trois. Cette unité a en charge les IPAD : les irresponsables pénaux pour cause d'altération, autrement dit les criminels psychotiques, les sociopathes dangereux, non soumis à une incarcération classique. Après avoir examiné attentivement les dossiers des IPAD, Alison Chapley se dit qu'ils sont parfaits. " trop parfaits ! "....Elle soupçonne le Dr Jephson d'émettre de faux diagnostics qui entraînent la libération anticipée de certains de ces sociopathes dangereux et violents. Après leur libération dont nul ne semble se soucier, ils disparaissent dans la nature, purement et simplement, sans laisser la moindre trace... Alison qui se sent menacée désire faire la lumière sur cette mystérieuse " Psycho trois " et son non moins mystérieux directeur. Pour ce faire, elle sollicite l'aide de son ancien amant.
- " J'aimerais que tu trouves l'abcès de Jephson et que tu l'excises "
L'excision va se révéler longue et très douloureuse ! ..........

Saluons l'arrivée d'un auteur américain jusque là inconnu de ce côté-ci de l'Atlantique. Comme la majorité de ses compatriotes, Neil McMahon est un écrivain percutant, efficace qui semble avoir une connaissance parfaite du milieu médical. Son récit d'un samedi soir aux urgences ne manque ni d'authenticité ni de réalisme. L'auteur nous y brosse un portrait quelque peu inquiétant d'une certaine Amérique.
Ecriture sèche, dialogues percutants, intrigue solide, grand sens du suspense, personnages bien campés, ce " thriller médical " ne manque pas de rebondissements ni de fausses pistes. Ce que Neil Mc Mahon a sans doute le mieux réussi c'est le personnage central de ce " jeu de piste angoissant " le docteur urgentiste Carroll Monks (" héros de ses deux prochains suspenses qui seront publiés chez Payot ")... Monks un nom remontant au Xe siècle.. provenant du gaélique MANACHAN : un moine, un solitaire, un homme vivant seul... (cf. page 90). Un nom qui convient bien à cet homme mûr, ce " sympathique grincheux " que quelques intimes surnomment RASP (abrégé de RASPOUTINE) et qui vit seul avec ses trois chats : Felicity, Cesare Borgia, Omar. Un solitaire qui soigne son blues à la vodka Finlandia. Un solitaire qui culpabilise quelque peu d'avoir raté sa vie. Il a vécu seize année comme mari et père. Son ex-femme Gail est remariée. Sa fille Stéphanie est en dernière année de prépa médecine. Quant à son fils, Olenn, il semble " faire carrière dans le skate, la mendicité et la consommation de drogues... ".
Le Chicago tribune a écrit à propos de ce roman : "...un scénario audacieux... plaisant... à la croisée entre Raymond Chandler et Thomas Harris. On en redemande... s'il vous plait M. Mac Mahon ".
Nous attendrons les deux autres romans pour voir si la comparaison avec ces deux auteurs se vérifie... En tous cas, c'est avec plaisir que nous retrouverons le charismatique médecin à la Ford-Bronco 1974 de la grande époque de Détroit.

See you soon, Dr Monks !

Roque Le Gall

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