La Vénus anatomique

Xavier MAUMEJEAN

Mnémos, 2004
17,00 euros



Saint-Malo, 1752. Julien Offroy de la Mettrie, médecin et chirurgien de son état, philosophe à ses heures, reçoit la visite d'un homme au long manteau dont le chapeau masque le visage. Envoyé par le Secret du Roi, un cabinet chargé par le souverain de mener dans l'ombre les manoeoeuvres diplomatiques du pays, l'émissaire demande au médecin de le suivre à Paris où une mission lui sera confiée par la couronne. Intrigué, la Mettrie obtempère et commence un voyage qui le mènera jusqu'à Berlin, où un étrange concours mobilisera à la fois sa passion pour la raison et ses talents d'homme de science et de progrès.

Ce qui frappe d'emblée à la lecture du dernier roman de Xavier Mauméjean, c'est la pure beauté de son écriture. L'auteur a réussi la performance de manier une langue désuète, pleine d'archaïsmes et de tournures au charme suranné sans que jamais sa démarche paraisse le moins du monde artificielle. Ainsi, cette aisance nous transporte au XVIIIe siècle au point que l'on oublie avoir affaire à un écrivain contemporain. Pour ce qui est de la forme seulement, car le propos est lui, bien moderne ! C'est que les idées des Lumières sont tellement d'actualité en ce moment (ou devraient l'être) que les réflexions des personnages de Xavier Mauméjean trouvent un écho particulier en notre siècle - écho d'autant plus troublant que ces personnages ont bel et bien existé. L'on rencontre ainsi tour à tour le chevalier d'Eon, Casanova, Diderot et même, dans un passage particulièrement émouvant, un certain Jean-Sébastien Bach. A mi-chemin entre Les Trois Mousquetaires et Frankenstein, dans une ambiance plus feutrée que gothique, ce roman manifestement très bien documenté est une belle réussite. La Vénus anatomique se lit comme un roman d'aventures où s'insinue continuellement une réflexion philosophique sur les limites de la science par rapport à la morale, sur la nature de l'homme et ses rapports à la machine. Un roman plein d'humour (le décalage entre le discours emprunté des protagonistes et les situations saugrenues dans lesquelles ils se retrouvent parfois est absolument savoureux) qui devrait trouver un large public : que l'on soit amateur de romans d'aventures, historiques, de cape et d'épée, de science-fiction spéculative ou d'essais philosophiques, l'on y trouvera toujours son compte !

Mikael Cabon

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