Lorraine connection

Dominique MANOTTI

Rivages, 2006
coll. Rivages thriller, 194 pages, 18,00 euros



" Je me souviens de ce me disait souvent mon père : mon cher enfant il ne faut pas tuer, parce que celui qui tue finit par voler, et celui qui vole finit par mentir, et mentir c'est vraiment très vilain. Nous sommes vraiment dans une très vilaine histoire "... (p. 176)


Automne 1996 : Pondange, en Lorraine, " une petite ville de province, ravalée, repeinte, proprette, assoupie au fond de sa vallée verdoyante. " Pondange, une ville en catalepsie. Pondange et son usine Daewoo créée il y a deux ans en zone prioritaire de développement européen. Une usine où il ne s'est jamais rien passé depuis l'ouverture. Pas une heure de grève. Une usine où les syndicats sont inexistants, où l'atmosphère est bizarre, où les cadres coréens sont nombreux, trop nombreux... Les ouvriers viennent, ne viennent pas. Les chaînes de tubes cathodiques de téléviseurs qui seront assemblés dans une filière polonaise continuent à tourner, même incomplètes. La sécurité est catastrophique. Le plus fort taux d'accidents de la région... C'est alors que se produit un nouvel accident. L'accident de trop ! Révolte, usine entière arrêtée, usine occupée. Et puis le drame, l'usine prend feu. Incendie accidentel ? Il est permis d'en douter car l'usine Daewoo de Pondange se trouve au coeur d'une bataille stratégique, une bataille sans merci que se livrent Alcatel et Matra pour le rachat de Thomson... Contre toute attente, le gouvernement choisit Matra. Mais Alcatel, son rival battu mais non abattu, est bien décidé à remporter " la deuxième manche "...


" Tout est vérité, tout est mensonge, rien n'existe " (p. 173)


" Quels sont les meilleurs manuels d'histoire contemporaine ? Souvent, les romans noirs. Des années 30 aux années 50, Dashiell Hamment et Raymond Chandler dévoilaient les bas fonds du crime. Aujourd'hui James Ellroy nous réapprend à sa manière, symphonique et parano, les années Kennedy. En France, leurs héritiers pourraient bien s'appeller Dominique Manotti et Jean Vautrin. " (Michel Grisolia, l'Express)


Ce n'est pas un hasard si Dominique Manotti, professeur d'histoire économique contemporaine a choisi le roman noir pour s'exprimer, déranger, dénoncer, stigmatiser... " Romancière sur le tard et par vocation, plutôt par désespoir ", elle ajoute " le roman noir apparaît comme la forme la plus appropriée pour raconter ce que fut l'expérience de ma génération et ma pratique professionnelle d'historienne m'a semblé l'outil adéquat pour tenter l'expérience de l'écriture romanesque "... L'écriture romanesque ? Elle a débuté par une trilogie, fort remarquée et dont le personnage central était récurrent, le commissaire Daquin (1- Sombre sentier, 2- A nos chevaux, 3- Kop). Avec Nos fantastiques années fric (2001) elle s'est affirmée comme l'une des révélations du roman noir contemporain. Le corps noir paru en 2004 est un étonnant " thriller historique noir ", " du grand Dominique Manotti " a-t-on écrit à son propos.
Lorraine connection, son 6e opus, est également un grand cru qui, par certains côtés, n'est pas sans rappeler le déjà culte Nos fantastiques années fric, roman qui mêle fiction et réalité (la privatisation du groupe Thomson). Intrigue solide, explosive et captivante qui plonge le lecteur dans un univers des plus sombres : meurtres, coups fourrés, chantage, manipulation, arnaques, détournements de fonds, blanchiment d'argent, trafic d'influence, corruption, délits d'initiés... Dialogues percutants et incisifs. Des personnages criants de vérité, tant les " cyniques, les " pourris ", que les ouvriers de l'usine Daewoo, écrasés par la hiérarchie, souvent dépassés par les évènements : " on aurait dit que toute l'usine était un décor et que nous, on jouait une pièce sans la comprendre... " (p. 141)
" Implacable chroniqueuse des temps modernes ", Dominique Manotti nous livre là un thriller politico-économique, un roman sans complaisance, décapant et fort, un roman dérangeant qui dénonce et condamne... Elle poursuit une oeuvre originale et singulière qui, pour beaucoup de critiques, s'apparente à celle du grand James Ellroy, même si cette comparaison est pour elle "à la fois très flatteuse et très embarrassante"... " (L'ours polar )

Comme réference il y a pire !

Roque Le Gall

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