Lorraine connection

Dominique MANOTTI

Rivages, 2006
coll. Rivages thriller, 194 pages, 18,00 euros



Dominique Manotti a l'expérience du monde du travail. Elle a vécu des années de luttes et d'espoir en tant que syndicaliste. Des espoirs déçus lorsqu'elle voit Mitterrand arriver au pouvoir en 1981, un personnage qui reste pour elle à jamais marqué par sa présence active dans les gouvernements de la guerre d'Algérie. Elle est trop entière pour se bercer d'illusions, et elle décide que c'est à travers le roman qu'elle va maintenant s'exprimer. Son premier roman concerne la communauté turque de la confection parisienne, Sombre sentier. Un autre ouvrage s'intéresse tout naturellement aux années Mitterrand, Nos fantastiques années fric. Lorraine connexion est une nouvelle étape dans son expression : elle s'approprie les faits réels, mais elle les remanie. Dominique Manotti n'est pas journaliste, elle est romancière.
Or, l'auteur n'a qu'à puiser dans une réalité qui dépasse l'entendement. 1996, Juppé se remet difficilement de la crise sociale de 1995. Il n'avait pas pu rester " droit dans ses bottes " jusqu'au bout. Le choix des privatisations lui apparaît peut être comme une revanche, et c'est le tour de Thomson CSF. La branche armement est cédée à Matra, et la branche multimédia tombe dans les mains du coréen Daewoo. Une phrase de notre ex-futur grand homme illustre l'époque : " Thomson multimédia ne vaut rien, même pas le franc symbolique ".
La suite est édifiante : un tapis rouge de subventions publiques, la faillite de Daewoo deux ans plus tard, la fuite du patron coréen avec deux milliards de dollars, Thomson multimédia devenu n° 1 mondial, l'incendie de la dernière usine Daewoo en 2003, et, bien sûr, l'Etat qui prend à sa charge le plan social.
Où y aurait-'il un autre environnement de roman ?
Car c'est le roman qui prend la suite. Dominique Manotti nous propose l'hypothèse qu'Alcatel, rival évincé au moment des tractations, ne laisse pas les choses en l'état. Les réactions possibles, ou probables, nous entraînent dans un monde de manipulations, de chantage, de crimes, en pleine mafia politico-économique. Le titre va bien à ce livre.
La grande absente est l'opinion publique. Il faut dire que les employés concernés semblent eux-mêmes complètement largués devant les évènements. Ils n'en soupçonnent quasiment jamais les enjeux et la complexité. La liquidation de la sidérurgie lorraine avait permis, entre autre, d'éradiquer toute influence des organisations ouvrières.
En conclusion, un livre original, adossé à un contexte social, mais qui est bien l'oe'oeuvre d'une romancière qui maîtrise suspens et rebondissements.

Alain Cariou

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