Le retour du professeur de danse

Henning MANKELL

Seuil, 2006
coll. Policiers, 410 pages, 21,90 euros



" Il s'avère que cette grosseur que tu as à la langue est malheureusement une tumeur " (p. 31)

Jamais de sa vie Stefan Lindman, en arrêt de travail temporaire, n'avait eu aussi peur qu'en ce matin du 25 octobre 1999. Ce matin-là, en effet, ce policier de 37 ans à Boras, ville du sud de la Suède avait rendez vous à l'hôpital... Là, il apprend qu'il est bien atteint d'un cancer et que le traitement débutera le vendredi 19 novembre. A la cafétéria de l'hôpital, il découvre par hasard dans un tabloïd, la photo d'un homme qu'il a bien connu à ses débuts dans la police. Il s'agit d'Herbert Molin, un policier de 76 ans avec qui Stefan a travaillé pendant quelques années à la Brigade criminelle de Boras, jusqu'au départ à la retraite de Molin. Ce dernier lui avait beaucoup appris, avait été un maître pour lui... Et voilà qu'on l'a retrouvé sauvagement assassiné, dans une ferme isolée du Härjedelen, au nord de la Suède, où il avait choisi de se retirer en solitaire...
Molin a été torturé, fouetté à mort. On l'a " traîné dans son salon, [...] en plaçant ses pieds ou ce qu'il en restait, comme dans une leçon de danse " ! L'assassin de Molin l'a invité à danser un tango ! Un dernier tango !
Alors qu'il vient d'apprendre qu'il fait désormais partie de ceux dont les jours sont comptés, Stefan renonce à un voyage à Majorque et décide plutôt de monter dans le nord pour comprendre ce qui est arrivé à Herbert Molin. Une façon d'exorciser ses peurs et ses angoisses...

... " C'est toute la question. Qui invite un mort à danser ? ... " (p. 46)

Tout a été dit, ou presque, à propos de Mankell, " le 2e père du polar scandinave ". Il ne faut pas oublier, en effet, le célèbre duo constitué par Maj Sjöwall et Per Wahlöö, à qui le roman scandinave dans son ensemble est tant redevable. L'écrivain multiforme, né en 1948 dans le Härjedalen, où il a situé l'action de ce dernier roman (comprenez dernier roman traduit en français), continue de partager sa vie entre le Mozambique et la Suède où il sera un jour aussi célèbre que " Beau-papa " (Ingmar Bergman... excusez du peu ! )
Alors que dire de plus sur ce maître incontesté du roman policier suédois, considéré à juste titre comme l'un des plus grands spécialistes mondiaux du genre et qui ne cesse de s'interroger sur les zones d'ombre et les dérapages de son pays ? " Décidément les paradis scandinaves ne sont plus ce qu'ils étaient ! ... " Oui, que dire ?
Ah si, tout de même ! Ce roman n'est pas " un Kurt Wallander ", pas même " un Linda Wallander ". Ne soyez pas trop déçus ! Un nouveau héros (probablement récurrent), Stefan Lindman, fait son apparition et il n'est pas mal non plus ! Jugez plutôt :
Parents décédés. Ce détail... n'est pas sans importance... Deux soeoeurs plus âgées, quelque peu perdues de vue. Amoureux d'Elena, une Polonaise établie à Boras de longue date et qui a presque 10 ans de plus que lui. Stefan dort chez elle deux ou trois fois par semaine. Il repousse le moment d'emménager avec elle et de commencer une vie qu'il désire pourtant. Peu d'amis, mais apprécié de ses collègues car bon flic. (" Il raisonne juste ") Intuitif, il sait également écouter et poser les bonnes questions. Stefan est un policier de 37 ans qui essaye de mener une vie digne. Rien de remarquable, rien qui sorte de l'ordinaire. En dehors du boulot, le football est son principal centre d'intérêt. Se rêve souvent en joueur professionnel en Italie... et collectionne encore dans un classeur les photos et les coupures de presse consacrées à l'équipe d'Elfsborg !
Depuis qu'il a appris qu'il a un cancer, " tout est totalement chamboulé ". Il va fuir. La maladie va le chasser devant elle, ou plus exactement la PEUR. La peur de la maladie certes, mais surtout peur du père et peur du passé. Ce n'est pas tant l'histoire de la victime qui le tracasse... C'est la sienne ! Stefan Lindman cherche " une vérité ", " SA vérité " et la découverte de cette vérité lui fait peur car les fantômes du passé réapparaissent...
Plus vraiment trop le temps de vous parler des autres personnages. J'ai particulièrement apprécié ceux de Guiseppe Larson, homme d'expérience et bon policier, d'Aron Silberstein alias Fernando Hereira... et plus encore celui de " M ", vieille Ecossaise tout empreinte de dignité.
En conclusion, Le retour du professeur de danse est un roman à l'intrigue parfaitement maîtrisée, un roman dense, plein de nostalgie, de noirceur et qui met à mal " la stricte neutralité de la Suède face au nazisme ", son passé trouble, un présent incertain...
Un très, très grand Mankell !

PS : Finalement on trouve toujours quelque chose à dire sur Mankell...

Roque Le Gall

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