Une Canaille et demie

Iain LEVISON

Liana Levi, 2006
246 pages, 18,00 euros



Tiburn, " un trou merdique " si l'on en croit Elias White, jeune professeur d'histoire à l'Université de très modeste renom de cette petite ville du New Hampshire. Cet universitaire " qui a ses idées sur le nazisme, la haine, le pouvoir, et la nature humaine " n'a qu'un seul désir : quitter Tiburn. Il a besoin de trouver un travail d'avenir. Il veut publier des livres et des articles, passer à la télé, participer à des talk-shows, obtenir une chaire dans un établissement connu...
Un beau jour, un certain Philip Turner Dixon va faire irruption dans sa vie. Dixon " fait carrière dans la rétribution financière fondée sur l'armement ". Bref, il braque des banques !
En fuite, blessé mais riche après un hold-up dans le sud du New Jersey, Dixon essaie de gagner l'Alberta où il achètera des terres et deviendra fermier, son projet depuis toujours. Contraint de marquer une pause — à cause de sa blessure —, il s'arrête par hasard à Tiburn, force la porte d'Elias White qu'il " persuade " de le cacher deux semaines, jusqu'à ce que sa blessure guérisse et qu'on cesse de le rechercher... Tout d'abord réticent, Elias White est bientôt " presque heureux que Dixon soit apparu en agitant un pistolet sous son nez... ". Il voit là un signe du destin. Un déclic. " Sa vie allait bouger de nouveau "...
Rappelez-vous ! Un auteur inconnu, Iain Levison, nous gratifiait d'un premier roman, Un petit boulot... Critique(s) unanime(s) :

" Cynique, vif, mordant, volontiers hilarant et terriblement captivant... "

" Une écriture belle et vigoureuse... "

" Une peinture drôle et cynique d'une Amérique à la dérive... "

" Politiquement incorrect ! ... "

Et voici que nous arrive son deuxième roman qui, semble-t-il, n'a pas trouvé d'éditeur aux U.S.A : " trop politiquement incorrect ! " Plutôt bon signe, non ? Et comment ! Ceux qui ont aimé Un petit boulot ne seront pas déçus par Une canaille et demie...
Levison, dernier métier connu, menuisier (sic), met en scène un " brelan de ratés ", " le prof, le flic et le truand " (Delphine Peras), trois êtres qui n'auraient jamais dû se rencontrer...

Le prof : adoré de ses étudiants et pour cause, il ne recale personne et donne les meilleures notes aux jolies filles du premier rang qui portent une jupe. Enseignant fasciné par le IIIe Reich, aigri, frustré, Elias White est un enseignant qui déteste... enseigner et qui n'a pas les moyens de ses ambitions...

Le Flic : Denise Lupo, agent du FBI, frustrée elle aussi. Elle a perdu ses illusions car elle se rend compte que, compte tenu de la misogynie ambiante, elle n'obtiendra jamais la place de profiler qu'elle convoitait.

Le truand : un braqueur au grand coeoeur, plein de ressources, d'une intelligence au-dessus de la moyenne et dont le rêve est de devenir fermier... Certainement le moins truand des trois !

A travers les destins croisés de ces trois personnages, Levison poursuit son travail de sape de cette société américaine régie par l'argent et le cynisme. Il confirme avec ce roman insolent, ironique, caustique, noir, amoral, totalement irrévérencieux et totalement jubilatoire qu'il est un écrivain plus que doué.
Quant à l'épilogue du roman... Sachez seulement que " la morale n'est pas sauve ! " Et c'est très bien ainsi !... L'un des personnages dit (devinez lequel) : " Décidément, nous vivons dans un grand pays. Tout est bien qui finit bien ". (page 239)
Décidément, Iain Levison a bien du talent !

Roque Le Gall

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