Guantanamo opération porte ouverte

Marc LERÉAH

Jigal, 2004
coll. Polar, 15 euros



Cinq ans après l'inauguration du centre de Guantanamo, les attentats terroristes se sont multipliés partout en Occident sans que rien ni personne ne parvienne à y mettre un terme. Or d'après ses collègues et les instances supérieures de l'Etat, l'idée que vient de leur exposer Daniel Forbes, membre de la CIA, est jugée pour le moins grotesque et farfelue pour ne pas dire complètement dingue : pour venir à bout du terrorisme islamiste, il suffirait de libérer les milliers de fanatiques parqués à Guantanamo et ailleurs, des gens dangereux qu'il est raisonnable de mettre hors-circuit mais dont l'incarcération provoque des mouvements d'dhésion massifs envers les thèses et les méthodes des islamistes. Les libérer leur ferait perdre la vitrine grâce à laquelle ils promeuvent leur cause. Et le but ultime de cette amnistie serait de "les retourner avant leur sortie de prison afin qu'ils deviennent, sans même se douter qu'ils sont manipulés, les fossoyeurs de leurs anciennes organisations et de leurs dirigeants". En fait, il s'agirait de créer "des conditions pour qu'une lutte à mort s'engage entre les groupes islamistes comme Al Qaïda, le G. I. A. , Le Hezbollah, le Hamas et leurs membres retenus prisonniers". Il va sans dire qu'il faudra du temps, des mois et des mois, pour que ce travail de manipulation fasse son oeoeuvre et qu'on libère ensuite les prisonniers... Cette proposition essuie comme prévu un rejet catégorique. Daniel Forbes qui croit fermement en son idée ne s'avoue pas vaincu pour autant. Il décide donc de se passer d'une autorisation gouvernementale et d'initier le projet en fomentant l'assassinat soi-disant orchestré par une organisation super fondamentaliste et qui trouverait les autres trop tièdes, d'un chef terroriste tel qu'un lieutenant de Ben Laden. Forbes et son équipe de fins limiers épluchent les dossiers des prisonniers terroristes incarcérés un peu partout dans le monde. Une première liste de noms est établie qu'il s'agit ensuite d'écrémer jusqu'à ce qu'ils parviennent à une liste restreinte. Y figurent cent douze noms de prisonniers endurcis par des années d'internement : des terroristes fermement convaincus que leurs dirigeants sont responsables de leur défaite et qui seraient susceptibles de vouloir et de pouvoir tenter de les renverser, cent douze candidats - idéals bien qu'involontaires - à la manipulation, grâce auxquels Forbes et son équipe pensent pouvoir remonter jusqu'au "Guide", Oussama Ben Laden "himself". Puis ne reste plus qu'à trouver celui sur qui va reposer ce projet machiavélique. Le choix se porte sur Rahmon Assaniev, ami et meilleur agent de Elliot Green - le responsable de la CIA pour l'Asie Centrale -, qui a décidé d'aider Forbes à mettre en oeoeuvre son projet. Rahmon Assaniev est un musulman qui abhorre l'extrémisme et le fanatisme islamistes responsables de la mort de sa femme et de son fils et des blessures occasionnées par l'explosion de la voiture familiale. C'est lui qui, au Caire, exécute la "cible", Malek Ben Amar, un chef intégriste responsable de nombre d'attentats sanglants commis au nom de l'islam à Bali, en Malaisie et aux Philippines, un des meilleurs lieutenants de Ben Laden, qu'il surprend au lit en compagnie d'un jeune amant. Ne lui reste plus qu'à filmer la scène macabre afin de pouvoir revendiquer ce meurtre au nom du vrai intégrisme, et à contacter quelques journalistes égyptiens et étrangers travaillant au Caire, avant de prévenir la police. L'affaire ne pourra pas être étouffée. Dix jours plus tard, la grande manipulation peut enfin commencer...

L'attentat terroriste dont les Etats-Unis ont fait les frais le 11 septembre 2001 n'a pas fini d'inspirer les écrivains et de faire couler de l'encre. Certainement inspiré par ce triste événement, le roman de Marc Leréah ne déroge pas à la règle. Il est bien sûr question ici de la confrontation entre Américains protectionnistes, fermement persuadés de défendre une cause juste en plus de la sécurité de leur territoire, et les extrémistes musulmans, en lutte ouverte contre l'impérialisme et le grand capital, de complots ourdis ou bien à déjouer et de catastrophes à éviter par tous les moyens. Mais il sera aussi question d'amour, de mort, de chantage, de trahison, de compromission, d'argent et de pouvoir. L'intrigue est intéressante, non dénuée d'humour, correctement construite autour d'une trame classique et, bien que sans grande surprise et parfois cousue de fil blanc, se déroule agréablement. Il va sans dire que les extrémistes sont ici les méchants, les Américains les gentils, ceux qui se battent pour leur bon droit et se trouvent par là même du bon côté de la barrière. Enfin, pas tous, et force est de reconnaître que parmi les "gentils", certains se comportent de façon franchement dégueulasse. Quant aux "manipulés", mieux vaut penser que s'ils le sont, c'est parce qu'ils le veulent bien. Comment donc ces gens qui se méfient de tout, pourraient-ils accepter aussi facilement, aussi simplement et aussi naïvement le premier venu pour nouveau compagnon. Cela semble somme toute assez peu crédible ! Mais bon !...

Un roman d'espionnage qui se laisse lire sans ennui.

MGRB

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