Abandon progressif d'humanité

Eric LEGASTELOIS

L'Ecailler du Sud, 2004
Coll. Poche. 7,50 euros



Cela démarre dans les locaux d'un hôpital psychiatrique, "moche comme c'est pas permis" et où "règne une odeur d'antiseptique ou quelque chose comme ça", avec l'annonce du décès du professeur Collias, directeur de l'établissement, peut-être mort empoisonné. Hélène Baldi, l'inspecteur de police chargée de l'enquête, apprend très vite, de la bouche même du docteur Pierre Balmer qui remplacera le défunt dont il était le collaborateur à la direction de l'hôpital que la victime, un homme soupçonneux et méprisant, était détesté de tous... Quelque temps après, le cadavre de Roger, le malade qui assurait, dans le cadre du programme Oxalis pour la réinsertion des malades dans la société, la tournée de distribution des plateaux-repas à ceux et celles qui n'habitent pas à l'hôpital, est retrouvé dans le sous-sol de la station-service où travaille Clara, malade psychiatrique en phase de réinsertion dans la vie sociale. La mort de cet homme, amoureux transi de Clara, semble bien être naturelle : un infarctus...

Abandon progressif d'humanité, comme l'annonce le titre, est un roman réaliste, et contemporain, non dénué d'humour, dans lequel les différents personnages abandonnent une part d'eux-mêmes par intérêt ou par facilité. Tous sont plus ou moins des accidentés de la vie. Il y a ceux qui se laissent emporter, ceux qui fuient ou ceux qui tentent de résister ; tous laisseront des plumes dans cette histoire. L'action se déroule aux alentours de La Rochelle, dans les milieux psychiatrique, policier, agroalimentaire et dans celui des manipulations transgéniques. S'y croisent et recroisent individus et destins : Christine, maîtresse de son patron, le psychiatre Pierre Balmer, se console dans les bras d'un bûcheron, Raphaël Chatham, qui deviendra responsable de la sécurité chez Movantis, "une usine qui fabrique des saloperies alimentaires qui peuvent empoisonner l'humanité mais rapporter un max de blé aux propriétaires", tandis que son ancien amant, fraîchement séparé de sa femme, se sent, bien que l'éthique professionnelle le condamne, si fortement attiré par Clara, une de ses patientes, maniaco-dépressive actuellement employée dans une station-service, qu'il en devient son amant. L'inspectrice Hélène Baldi désespère quant à elle de se trouver un jour enceinte des oeoeuvres de son mari Antoine, PDG en pleine crise de conscience d'une entreprise spécialisée dans l'agroalimentaire, filiale d'une multinationale aux capitaux américano-helvétiques, en fait l'entreprise qui recrute Raphaël. L'intrigue est construite à la manière d'un scénario pour un film de Claude Lelouch dans lequel des destins se croisent, mais en beaucoup plus noir. Dans ce petit polar - qui ne compte guère que cent quatre-vingt-quinze pages - bien construit et mené de main de maître, pas un mot de trop, tout est condensé, concentré sur l'essentiel. Eric Legastelois aborde les aspects économiques mais aussi éthiques que suscite la problématique des organismes génétiquement modifiés et s'interroge sur les évolutions de notre société. Passionnant !
Abandon progressif d'humanité est donc un roman noir, sobre, cynique et désabusé, très bien écrit, subtil et intelligent, qui interpelle le lecteur et l'amène à réfléchir. Intéressant par conséquent.

MGRB

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