Chien des quais

Annie BARRIERE

L'Ecailler du Sud, 2004
Troisième volet de la trilogie consacrée à Raoul Bustamente, le privé marseillais. Précédé par : Une belle ville comme moi et Un cochonnet de trop.



Marseille : tout commence un matin blême, quand un inconnu frappe à la porte de Christine Bustamente, dite Tina, jeune et jolie professeur de sport, et la réveille beaucoup trop tôt, le seul matin de la semaine où elle ne travaille pas. Mais ce n'est rien par rapport à la suite ! Elle appelle à la rescousse son frère Raoul, dit Busta, détective privé, afin qu'il la débarrasse de cet importun qui s'est endormi sur son paillasson, mais lorsque Busta arrive chez sa soeoeur, le poivrot s'est envolé. Mais voilà qu'à peine quelques heures plus tard on retrouve cet homme mort, la gorge tranchée, dans une poubelle, tout près du domicile de Tina, et que le commissaire Antoine Paoli, un copain d'enfance de Raoul et Tina Bustamente est chargé de l'enquête. C'est lorsque ce dernier vient prendre sa déposition que Tina apprend de sa bouche l'identité de la victime qui ne lui est pas du tout inconnue. Le choc ! Et qui ravive les souvenirs d'un passé qu'elle croyait refoulé, celui de l'enfance, trente ans plus tôt. Cet homme qu'elle n'a pas reconnu s'appelle Roland Paindorge qu'elle a bien connu trente ans plus tôt quand il était encore "un gosse chétif, toujours couvert de plaies et de bosses", le "pauvre Roro", le souffre-douleur du quartier. Mais qu'a-t-il bien pu faire pendant toutes ces années ? Que venait-il faire chez Tina après tout ce temps ? Et surtout, pourquoi l'a-t-on assassiné comme un chien ?

Pour commencer, rien que la situation initiale du personnage réveillé et tiré de son lit par un importun fait trembler l'honnête travailleur qui sommeille en chacun d'entre nous, celui qui n'apprécie guère d'être réveillé tous les matins, encore moins de l'être les rares jours de la semaine où la grasse matinée reste possible, provoque l'empathie immédiate du lecteur pour l'héroïne traumatisée dès potron-minet. Dès lors, le lecteur compatissant se laisse happer dans une spirale infernale, en compagnie du frère de Tina, Raoul, détective privé et du capitaine de police Antoine Paoli qui, adolescent, fut secrètement amoureux de Tina et qui n'a pas oublié son tendre émoi. Ces deux-là se révèlent du reste frères ennemis depuis les bacs à sable, et leur rivalité se réveille, cristallisée par la présence de Tina, la séduisante professeur de gymnastique un peu trop cliché pour qu'on y croie, soit dit en passant : belle, dynamique, douée d'une autorité naturelle auprès de ses élèves de banlieue nord (autre cliché marseillais) qu'elle est la seule à réussir à mater. Cette profession et les activités du défunt permettent de faire le lien avec une nouvelle race de bandits : ceux de la mafia albanaise qui tiennent les quartiers, traquent et tuent froidement, sans état d'âme aucun. L'auteur propulse son lecteur dans une autre dimension du crime dont la cruauté des protagonistes fait froid dans le dos, tout autant que le diagnostic d'une société en décomposition voire en putréfaction d'où tout repère est banni et où un chien peut se substituer à votre frère assassiné jusqu'à porter son nom. C'est Los Olvidados dans une Marseille grise, glaciale et glaçante de haine, de violence et de concupiscence. Qu'on se le dise : personne ne sort indemne de cette histoire. Les enfants sacrifiés, il ne reste plus d'espoir, et même les flics chialent à la fin. Seule la mort apporte la paix.

Malgré des personnages et une intrigue un peu convenus, Chien des quais mérite bien qu'on s'y arrête. L'humour corrosif de l'auteur fait son effet et apporte un peu de distanciation. On est finalement entraînés assez loin dans l'univers amer d'Annie Barrière !

MGRB

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