Le Caméléon noir

Jake LAMAR

Rivages, 2003
coll. Rivages noir, 360 pages, 10,40 euros
Traduit de l'anglais. Première parution dans la langue originale en 2001.



1992, dans l'Ohio. Clay Robinette, professeur d'université sans histoire— exception faite de son ancienne carrière de journaliste torpillée par un manque de rigueur manifeste de sa part —, est réveillé en pleine nuit par l'un de ses collègues, Reggie Brogus. A la demande de celui-ci, Clay accepte de se rendre sur-le-champ à l'université. Il découvre alors dans le bureau de Brogus le corps sans vie d'une étudiante. Brogus tente de le persuader qu'il s'agit d'un coup-monté : il détiendrait des informations tendant à prouver que Martin Luther King aurait été assassiné... par le FBI ! Quand Clay reconnaît en la victime sa jeune maîtresse, il n'a d'autre choix que d'aider Brogus à se cacher...

Un cadavre, un suspect idéal, un narrateur trempé jusqu'au cou dans cette sale histoire... Le décor est planté : c'est à une intrigue policière classique que nous avons affaire ici. Certes, mais ce serait compter sans la richesse sociologique et historique de l'inspiration de Jake Lamar. En plus de l'enquête solidement menée de l'intérieur par le narrateur jusqu'à son surprenant dénouement, l'auteur nous invite en effet à découvrir par la petite porte trente années de militantisme noir-américain, de l'assassinat de Martin Luther King en 1968 jusqu'au début des années 90. Pour ce faire, il offre notamment à l'appétit du lecteur l'incroyable Reggie Brogus, influent militant pour les droits civiques des Noirs à la fin des années soixante devenu, après plusieurs années d'un mystérieux exil, un personnage cynique vociférant des discours nauséabonds et profondément racistes, mais diablement efficaces auprès de ses étudiants.

L'on notera également l'humour décapant et la légèreté de ton, dans un contexte difficile, de ce roman fort bien construit, où les différentes intrigues se déroulent en parallèle, par jeu de flash-back imbriqués. Une réussite.

Mikael Cabon

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