Ikebukuro West Gate Park

Ira ISHIDA

Philippe Picquier, 2005



Makoto Majima a dix-neuf ans et ne croit pas à grand-chose, ne sait pas ce qu'il veut faire de sa vie et traîne sa nonchalance dans la jungle urbaine tokyoïte. Il vit à Ikebukuro (un quartier de Tokyo ), sorte de Bronx à la japonaise où jeunes gens et jeunes filles se frottent les uns aux autres et à la vie qui passe. La rue, le béton, les squares du quartiers sont colonisés par yakousas, G-boys, danseurs et magouilleurs, toute une population micro-marginale dont la moyenne d'âge se situe autour de dix-sept ans. Il y a des figures qui passent : Takashi le roi-dandy des G-boys, Hikaru la sublime jeune fille en fleur,Kana la reporter casse-cou et crève-coeoeur, Kyôichi qui danse comme un dieu en son crépuscule et tous les autres. Makoto navigue en ambassadeur dans les eaux troubles de son quartier et apprend à se connaître lui-même tandis qu'il apprend la vie en jouant les poissons-pilotes pour les âmes perdues qui viennent demander son aide. Il trouvera l'amour, la mort, l'amitié, son destin...

Ce roman est un délice. On suit l'auteur dans les pérégrinations de son héros comme on suit les personnages de Paul Auster qui se perdent dans New-York. On a en même temps l'impression d'être dans un roman d'éducation très contemporain, entre Flaubert et Harrison. Chaque homme et femme-enfant qui se meut sur la scène d'Ikebukuro est esquissé subtilement et pourtant ne reste pas à l'état d'ébauche, et l'impression d'ensemble en est d'autant plus forte. Makoto hante les rues d'Ikebukuro et se fond dans la nuit des drames ordinaires du petit peuple de Tokyo. Solutionneur d'embrouille pour mieux arpenter le béton des cités, il appartient à sa ville comme un Maori à sa pirogue, ou un gaucho à sa pampa. Pour un premier roman, chapeau ! On aime autant Ikebukuro la dernière page tournée que se promener à la fin de l'été sur la route des abers en Finistère...

Marion Godefroid-Richert

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