La lune n'est pas pour nous

Johan HELIOT

Mnémos, 2004
Collection Icares



1933 : Près d'un demi-siècle s'est écoulé - quarante-quatre ans, exactement - depuis l'apparition, dans le ciel de Paris, d'un vaisseau hybride de chair et de métal. L'humanité a ainsi pu entrer en contact avec les mystérieux Ishkiss, extraterrestres à la technologie avancée qui se sont implantés sur la Lune. Louis-Napoléon, "Badinguet", le maître de l'Empire, a depuis longtemps disparu... et ses rêves de domination avec lui, mais la Terre se porte toujours aussi mal. Alors que, sur la Lune, les colons, soutenus par les Ishkiss, ont pu donner vie à leur belle utopie et fonder une communauté libertaire, la Terre, elle, a été ravagée par la Guerre Totale qui a vu le triomphe de l'Allemagne nazie. La Lune, heureuse et prospère, est devenue "la patrie de tous les dégénérés fous et géniaux du siècle nouveau". Elle est comme "un reproche perpétuel exposé à la vue de tous", en particulier d'Adolf Hitler qui a mis sur pied l'opération "Toit du Monde". Le but de cette opération : le bombardement et la destruction de la Lune par "une averse de fusées", mille environ, transportant chacune une bombe d'un potentiel de destruction phénoménal. Les Sélénites sont bien conscients que maintenant, "les loups hurlent à la Lune !" Pour faire échec à ce plan, ils vont faire appel à deux hommes : le premier, le journaliste Albert Londres, "un bourlingueur trop curieux" qui, contrairement à ce qu'on a pu raconter, n'a pas péri en 1932 dans le naufrage du paquebot Georges Philippar ; le second, Léo Malet, cabaretier chansonnier quelque peu anar, roi de l'effraction et cambrioleur à ses heures. "Deux braves types... contre l'armée nazie !" Les chances semblent minces...

"Autrefois Andrieux, aujourd'hui Doriot, rien de neuf sous le soleil" [p. 41], se dit Jaume, maintenant commissaire principal et bientôt à la retraite. Le temps ayant passé, Jaume est l'un des rares protagonistes déjà présents dans le superbe "La Lune seule le sait", considéré à sa sortie comme "une petit merveille". Que dire de "La Lune n'est pas pour nous" qui constitue la suite tant attendue de ce roman déjà culte ? En fait, Johan Heliot utilise pratiquement les mêmes ingrédients. Après tout, pourquoi changer une recette qui a fait ses preuves et qui a satisfait tant de lecteurs ? Reprenant le principe de l'uchronie, il nous a concocté à nouveau une fabuleuse histoire (Johan Heliot se considère avant tout comme "un raconteur d'histoires") et nous raconte le nazisme à sa manière... Faits réels, faits inventés par l'auteur s'entremêlent, s'entrechoquent, pour créer un univers fascinant, mais ô combien inquiétant ! Personnages de fiction - entre autres Jaume, déjà cité, Léo Malet, le personnage central et ainsi nommé en hommage au père de Nestor Burma, Arsène Lupin, Rouletabille, Sherlock Holmes... - et personnages réels et historiques se côtoient dans ce roman très bien construit et conduit de main de maître. On y croise ainsi von Braum, Julien Carette (qui se souvient encore de cet acteur truculent ?), Pierre Fresnay, Jean Gabin, Doriot, Pétain, Céline, Cocteau, Goebbels, Göring, Rudolph Hess, Himmler, Hitler (évidemment !), Albert Londres, Léon Blum, Trotski, Leni Riefensthal, Einstein, Oppenheimer, Erich von Stroheim (très "Grande illusion", junker raffiné et remarquable espion pro-sélénite !)... et bien d'autres encore !...Même si l'effet de surprise joue moins et si la magie de "La Lune seule le sait" s'est quelque peu estompée, il n'en demeure pas moins que "La Lune n'est pas pour nous" est un roman - de science-fiction ? d'espionnage ? d'aventures ? Peu importe ! - parfaitement maîtrisé, inventif, original, documenté, parfois sombre, mais à l'humour décapant.

Les lecteur qui ont tant aimé "La Lune seule le sait" ne pourront qu'être séduits par cet autre hommage à la culture populaire d'un auteur qui ne cesse de grandir ! Chapeau bas !

Ce roman prolonge l'univers de "La lune seule le sait", roman fondateur qui a marqué l'histoire du steampunk.

MGRB

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