Le photographe : 2

Emmanuel GUIBERT, Didier LEFÈVRE

Dupuis, 2004
Collection Aire Libre
Ce deuxième tome a reçu le 11e Prix France Info de la Bande Dessinée d'Actualité et de Reportage.



Ce tome 2 est la suite directe du tome 1. Si vous ne l'avez pas lu, commencez par là : les auteurs se sont arrêtés en pleine action (à la manière des feuilletonistes du XIXe siècle) et l'on retrouve les héros durant la traversée des montagnes afghanes, pourchassés par des hélicoptères russes. Le narrateur est un reporter photographe de guerre qui, en 1986, accompagne une expédition de Médecins sans Frontières de village en village, au fin fond de l'Afghanistan déchiré par la guerre dans laquelle s'affrontent les Soviétiques et les Moudjahidin. La caravane arrive enfin au village de Zaragandara où l'équipe soignante installe, avec les moyens du bord, un hôpital de fortune. Malades et blessés plus ou moins graves commencent à affluer...

Il s'agit là de la suite d'un récit narré par le photographe Didier Lefèvre mêlant les dessins en couleurs sensibles et émouvants de Hervé Guibert et les photographies en noir et blanc extraites des planches contact du narrateur pour raconter et rendre hommage au travail difficile mais courageux et admirable parce qu'indispensable et réalisé dans des conditions pour le moins difficile d'une équipe de Médecins sans Frontières dans les montagnes afghanes. Graphiquement, on est d'abord un peu surpris par le mélange du dessin de BD et des photographies de reportage, carrément moins tintinesques qu'on pourrait l'attendre, émouvantes, poignantes, belles à vous couper le souffle, tendres, mais aussi dures, brutales voire à la limite du soutenable, bref qui donnent à la fois un effet de réel et une poésie à cet album. C'est le carnet de voyage d'aventuriers modernes et humanistes qui sacrifient leur confort et qui n'hésitent pas à mettre en péril leur sécurité pour soigner efficacement des populations traquées et massacrées au nom de principes dégueulasses. Il y a le froid, il y a la faim et un merveilleux mirage de rocher Suchard, il y a la souffrance, il y a la compassion, mais il y a aussi la découverte d'un peuple, d'un paysage somptueux, le rire derrière le découragement, le dérisoire derrière le tragique et la beauté derrière les blessures ; toutes alternances qui permettent de mettre un pied devant l'autre, jour après jour. Mais, malgré ses analyses politiques et ses réflexions originales - par exemple sur la place des femmes dans la société - subtilement amenées dans les dialogues des Européens, le livre ne se veut pas une démonstration ; il est d'abord un récit plein de générosité et d'honnêteté aussi dans l'approche autobiographique et l'aveu de faiblesse assumé. Les situations sont extrêmes, les décors sont à la fois grandioses et austères de caillasses, mais la parole vraie et les images épurées nous entraînent inlassablement dans ce carnet de route : on attend déjà le tome 3 dans lequel la série trouvera sa conclusion !
Un album parfaitement réussi, original, intelligent, magnifique, aussi bouleversant que le précédent.

MGRB

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