La fille du professeur

Emmanuel GUIBERT, Joann SFAR

Dupuis, 2003
Collection Expresso
Réédition de l'album paru en 1997, récompensé par le Prix René Goscinny et l'Alph-Art Coup de CoeÅ“ur du festival d'Angoulême.



"Trente siècles les séparent... et pourtant, ils s'aiment." Ou comment de l'amour improbable entre Miss Liliane et Imhotep IV, momie d'un prince égyptien - découverte et ramenée à Londres par le professeur Bowell, père de la demoiselle qui, un après-midi durant lequel elle s'ennuyait, l'a réveillée et sortie de son sarcophage pour qu'elle lui tienne compagnie - découlent des aventures rocambolesques dans la très posée Angleterre victorienne. Pensez donc ! Après trente-deux siècles de retraite sépulcrale, la promenade romantique dans Kensington, bras dessus, bras dessous, elle en crinoline, lui, le corps efflanqué recouvert de bandelettes, revêtu d'un costume et coiffé d'un haut de forme ne passe pas inaperçue. Tout à l'enthousiasme de se renaissance, Imhotep déclenche une altercation dans un salon de thé avant de s'évanouir d'épuisement et d'être tant bien que mal ramené par Lilianne, aussi prévenant qu'amoureuse de ce compagnon pour le moins original, au domicile du professeur. C'est alors qu'arrive un policier flanqué du gentleman qui souhaitait en découdre avec son "fiancé". Et lorsque la jeune fille assassine sans le vouloir les deux visiteurs importuns, Imhotep IV décide de l'enlever pour la soustraire à la tyrannie bienveillante de son archéologue de père qui souhaite "prêter" la momie pharaonique au Muséum. Les deux fugitifs sont alors poursuivis à la fois par le professeur Bowell, Scotland Yard... et Imhotep III lui-même, à la recherche de son fils depuis trois mille ans...

Pas de leçon de morale dans cette histoire : l'amour et la liberté conduiront nos héros à semer quelques cadavres sur leur passage, mais qu'importe, puisqu'ils n'aspirent qu'au bonheur !... Tout cela est frais, lumineux, réjouissant, un vrai bonheur ! Miraculeuse association que celle des textes incisifs de Joann Sfar qui arrive avec un minimum de mots et un goût immodéré pour l'absurde et l'improbable à créer tout un univers poétique et extrêmement riche, et les fabuleuses illustrations (trait délicat, élégant, expressif renforcé par une mise en couleur directe particulièrement soignée : un graphisme somptueux que met en valeur un découpage impeccable et la sobriété voulue de la mise en page) d'Emmanuel Guibert qui dégagent, tout en douceur, autant d'humour et d'émotion que le scénario qui mêle allègrement romantisme, aventure rocambolesque riche en péripéties loufoques, romance amoureuse à la fois tendre et contrariée. En outre, les deux compères ont réussi, à partir d'une histoire de momies, à éviter de tomber dans le scabreux et le macabre. Au contraire, cet album est plein d'un humour subtil, très britannique, jamais noir quoique parfois acide, et de plus il met en scène des personnages particulièrement humains et attachants... Une mention particulière pour la reine Victoria, délicieuse de flegme !

Au final, nous voilà en présence d'un album très réussi où le charme des textes et des dessins se met au service d'une belle histoire qui fait la part belle à la fantaisie et à la poésie. Un vrai délice !

MGRB

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