Train bleu train noir

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2007



Deux histoires de trains qui se rencontrent : celle de déportés originaires de Marseille vers les camps de la mort en 1943 et celle de supporters de l'OM en route vers Munich où leur club gagnera le championnat d'Europe. Entre les deux, les souvenirs d'horreurs que l'on veut venger.

Voilà un bon livre. D'abord une solide base historique : celle de la déportation par les nazis mais aussi hélas par la milice française de milliers de Juifs ou habitants du vieux quartier du Panier à Marseille. Le sud de la France est devenu une terre de refuge pour la population juive de France. 32 000 Juifs se sont réfugiés à Marseille. Du 22 au 27 janvier 1943, Marseille est passée au peigne fin : 782 Juifs sont arrêtés. Peu après la Wehrmacht rase le Vieux-Port : mille quatre cent quatre-vingt-deux maisons dynamitées, 14 hectares " tout le berceau historique rayé de la carte " en deux semaines. L'armée allemande se chargea de la sale besogne, mais ce fut avec le plein accord des autorités françaises, avec l'adhésion silencieuse des notabilités locales, et suivant un projet architectural, officiel, rendu avant guerre. En 1943, Laval déclarait : " On va épurer Marseille, qui en a bien besoin"

Le livre est émouvant car plein d'histoires elles-mêmes émouvantes. Difficile de rester insensible devant ces récits de déportations, de séparation et de mort mais aussi ces volontés de vengeances qui tenaillent les trois héros de l'histoire. Des périodes et des vies parallèles mais qui se rejoignent dans la mort et après 50 années de distance. Des flashs également prenants comme ce vieux curé qui sonne le glas durant la destruction de la ville.

Né à Marseille, on sent que Maurice Gouiran il " le l'aime " sa ville, bonne mère ! Marseille sue à travers ses terrasses de bistrot, ses expressions, son 51 dont les amateurs savent bien qu'il n'a rien à voir avec un casa... Il y a également l'ambiance des footeux pleine d'exubérance, de racisme, de virilité mais aussi de camaraderie.

Un livre que j'ai aimé, pour sa documentation, ses décors, ses émotions et pour Marseille.

Marc Suquet

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