Terminus Ararat

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2006



Fin de l'été à quelques encablures du port de l'Estaque. Clovis Narigou et son ami Biscottin goûtent aux joies de la pêche en mer, à l'écart d'un village " envahi de Parigots qui sont venus s'y installer pour le fun, parce qu'un jour ils ont vu Marius et Jeannette et qu'ils croient qu'ici, c'est la grosse rigolade au soleil, pastaga et cagoles à gogo " (p. 11).

Le décor est posé. Pourtant, c'est loin de Marseille que Clovis va mener cette nouvelle enquête. En effet, son ami Raf " de la maison poulaga " interrompt la partie de pêche en l'appelant sur son portable : sa maîtresse du moment, Maria, a des ennuis. Son fils a été enlevé. Pas question d'avertir la police, les ravisseurs liquideraient l'enfant : ils ne traiteront qu'avec son père, qui se trouve en ce moment sur un chantier de fouilles en Turquie. Pourquoi ? Mystère ! Clovis accepte de se rendre dans ce pays pour retrouver cet intrigant archéologue. C'est le début d'une aventure menée entre Marseille et les portes de l'Arménie au cours de laquelle la fine équipe de l'Estaque aura maille à partir avec des illuminés de toutes obédiences et dont l'enjeu se trouve au sommet du mont Ararat, rien que ça !

Dans ce dixième roman, Maurice Gouiran s'attaque avec gourmandise aux thèses des chrétiens évangélistes que l'on pourrait prendre avec le sourire si ces fous dangereux n'étaient pas aussi influents, notamment à la Maison Blanche. C'est également l'occasion pour le romancier de dénoncer les exactions de la Turquie envers les Arméniens et toute la richesse culturelle de tradition chrétienne de ce pays. La visite du musée de Van est, à ce titre, particulièrement édifiante.

Un roman fort documenté donc, qui a parfois des airs de carnet de voyage, mais qui se lit avec un grand plaisir, l'auteur réussissant à mêler habilement idées et faits historiques à une intrigue bien menée, forte de personnages attachants et bien trempés. L'on retrouve avec bonheur la truculence de l'auteur et son goût de la formule qui fait mouche. (On se régalera une fois le livre terminé à parcourir la liste des chapitres : " La fin de la saison des cons ", " Ca s'arrose au Yakamoz ", " Une arche peut en cacher une autre ", " Chapeau pointu, turlututu ! ", etc.)

Le lecteur non méridional restera parfois dubitatif devant certaines phrases (n'allons pas chercher d'exemple trop loin, la deuxième ligne suffira : " Biscottin a mouillé son mourre de pouar au large de Corbières ", p. 9), mais il remerciera l'auteur d'avoir parfois mis sa sagacité à si rude épreuve, ce n'est pas désagréable.

Terminus Ararat est un bon roman à conseiller aux amateurs d'intrigues policières prenantes, dont le dénouement n'est connu que dans les dernières pages, et qui permettent d'aborder des sujets graves tout en s'amusant (beaucoup : tout ce qui touche aux arches de Noé — oui, c'est nouveau, il y en a plusieurs ! — relève de la franche rigolade !).

Mikael Cabon

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