Marseille, la ville où est mort Kennedy

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2005



Un titre gonflé. Bin ouais, même si t'es né après novembre 63, tu sais bien que Kennedy est mort à Dallas, Texas. En même temps tu peux croire que c'est un autre Kennedy ou alors que c'est une uchronie. Mais non dès que tu ouvres le livre, tu es prévenu par l'avant-propos que Gouiran assume le fait d'écrire une fiction et non une révélation de plus sur l'assassinat de JFK. En même temps, tout le temps du roman, on ne peut s'empêcher d'y croire.

Mais revenons au début : le récit commence sous forme de journal un mardi 14 avril, en pleine action. Ca sent le roman pour mecs : séance de tronçonneuse en forêt, c'est viril, tu sens l'odeur de la sueur. Tu comprends pas trop qui fait quoi, les personnages sont affublés de noms ridicules : Clo ou Milou, c'est quoi, des chiens ? En fait le Clo c'est le Clovis Narigou, je pense un personnage récurrent et le Milou un de ses potes. Arrive dans la scène, dès la troisième page, une cagole affolée, confuse et collante qui annonce un drame : deux de ses amis ont disparu, elle pense qu'ils ont été assassinés. Elle s'impose chez le Clo, lui saute au cou mais il résiste le bougre, et le voilà à mener son enquête. Là ça devient un peu compliqué. Premièrement les mecs descendus enquêtaient et on sent bien que tant qu'il n'aura pas trouvé ce qu'ils avaient trouvé, on n'y comprendra rien. Deuxièmement le Clo part aux US. Là ça se double de réflexions sur le couloir de la mort, à travers un personnage de condamné rencontré par Clo via un de ses amis américains. Ca tombe trop bien : juste quand il comprend le lien de la première affaire avec Kennedy, il doit retourner aux US et en profite pour rencontrer des témoins de Dallas. C'est un peu laborieux, de même qu'est un peu pesante la manière dont l'auteur insère des éléments historiques, certes très intéressants sur les relations entre le milieu marseillais et le pouvoir américain, mais pas assez bien digérés par la trame narrative et le discours des personnages : en gros c'est une grosse affaire des anti-communistes américains qui auraient eu partie liée avec le milieu marseillais pour liquider Kennedy. On a envie d'y croire. La longue bibliographie de 4 pages révèle le souci de documentation de l'auteur mais celle-ci est présente de manière trop brute dans le récit et rompt l'effet d'illusion romanesque. Le coup de théâtre final révélant la vraie personnalité de Neïla st un peu gros aussi : pourquoi aurait-elle dû tout raconter à Clo ? Trop de récit tue le récit et insérer l'Histoire récente dans un roman noir est un exercice d'équilibre très périlleux.

Valérie Rodier-Bellec

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