La porte des Orients perdus

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2004



Clovis Narigou, ancien journaliste désabusé devenu éleveur de chèvres du Rove, prend l'avion. Dans cette nouvelle aventure, la mémoire d'un ami disparu violemment l'emmène à Tahiti à la poursuite de l'escamoteur d'un mystérieux cadavre embaumé tatoué. C'est l'occasion pour Clo le Marseillais de redécouvrir les atolls sublimes de l'Océan Pacifique et leur histoire bercée - trop longtemps malheureusement - par la politique nucléaire de la lointaine métropole française qui ne se souciait guère des dégâts occasionnés. Ce sera aussi l'occasion de beaucoup d'angoisse et de nuits blanches puisque Eric, son entêté de "niston" et sa "girelle" se font imprudemment enlever pendant l'enquête parallèle qu'ils menaient de leur côté dans les milieux grands bourgeois marseillais. Gauguin et le pistolet Mauser du grand-père vont pouvoir faire connaissance sur fond de pastis et d'héroïne...

Sixième opus des oeoeuvres de Maurice Gouiran, "La Porte des Orients perdus" est plus amer que "Les Martiens de Marseille" [ed. Jigal, 2003], le roman qui le précède et dont le personnage central n'est autre que Clovis Narigou. De Marseille aux atolls polynésiens, cette nouvelle enquête sur la mort d'un ami dont Clovis avait manqué le dernier rendez-vous nous est relatée sous la forme d'un journal quotidien. C'est habilement construit et mené, agréablement écrit dans un style simple et limpide. Les portraits d'hommes revenus de tout hantent les pages et ne font qu'accentuer la nostalgie propre au héros. L'histoire de Marseille et des Tua Motu se mêlent et se confondent pour chanter l'ode du capitalisme galopant, de la spirale du pouvoir et de la décadence des laissés-pour-compte. Ne serait-ce que pour cela, le roman vaut bien la peine d'être lu. L'intrigue quant à elle sert juste de trame à des constats acides sur quelques "grands" hommes, Charles de Gaulle et Georges Pompidou entre autres... Un livre qui ne rappelle que trop bien qu'il n'y a pas si longtemps encore, personne ne songeait à s'offusquer d'une classification pseudo-scientifique sur la valeur des races et la soi-disant suprématie des faces de plâtre que nous sommes.

On a vu plus drôle, mais c'est un rappel sain en des temps où, de l'autre côté de l'Atlantique, certain président à consonne double pense détenir le monopole du bon droit et de la raison...

Marion Godefroid-Richert

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